Éditorial : Notre-Dame-des-Landes, utopie en miettes ?

dessin Notre-Dame-des-Landes, LME n°106

Il flottait naguère comme un parfum d’utopie sur Notre-Dame-des-Landes, aujourd’hui chassé par celui, bien moins grisant, des gaz lacrymogènes. Face à des « décideurs » murés dans leurs certitudes étroites et fascinés par les chimères d’un autre temps – argent, pouvoir, croissance, vitesse, etc. –, des hommes et des femmes s’étaient levés, armés le plus souvent de leurs seuls idéaux.

Que prônaient-ils, en fin de compte, ces hurluberlus épris de liberté ? Non pas un retour au temps des cavernes ou de la bougie, arguments si commodes pour réduire à quia, sans autre forme de débat, les réfractaires à la course au « progrès » effrénée qui nous est imposée. Le chaos ? Pas davantage, sauf à considérer tout désir d’alternative à la pensée dominante comme une volonté de mettre le pays à feu et à sang. Ce qui pourrait advenir bientôt, en cette époque où l’on pénalise sans vergogne la solidarité – un étranger n’est-il pas avant tout un suspect ? – et la liberté d’informer, au nom d’on ne sait quels inavouables secrets des affaires…
Prendre le temps de la réflexion, de la concertation et de l’écoute pour faire émerger une démocratie plus concrète, imaginer une autre forme de progrès, attentif à la nécessaire harmonie entre l’homme et son environnement, expérimenter de nouvelles manières d’être, d’habiter (comme les « bâtisseurs d’utopies » de notre dossier), de produire et de consommer, s’essayer à l’autonomie et à la sobriété… Au-delà des huttes, cabanes perchées et autres installations plus ou moins éphémères aplaties à grand renfort de CRS, voilà ce qui a aussi été saccagé à Notre-Dame-des-Landes. Pour préserver quoi ? Un modèle de société à bout de souffle.
Alors que la sortie de route nous guette, que nous flirtons déjà avec l’abîme (le 5 mai dernier, nous avons épuisé en France les ressources pouvant se renouveler en une année, d’après le WWF), certains inconditionnels de la croissance néolibérale voudraient appuyer encore sur l’accélérateur. Parce qu’il n’y aurait tout simplement pas d’alternative à cette fuite en avant mortifère, comme l’affirmait jadis une célèbre locataire du 10 Downing Street…
Éditorial du LME n°106, rédigé par Stephan Ferry, rédacteur en chef.
Dessin de Sébastien Decazenove.
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