Rénovation par l’entraide avec Enerterre

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Rénovation par l’entraide avec Enerterre

reportage de Cécile Guiochon paru dans LME n°83 / photos Laurent Boyer

Remettre les Hommes debout en leur offrant de réhabiliter leur habitat traditionnel en terre : une démarche innovante menée par le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, dans la Manche.

L’objectif initial des bailleurs (le Parc naturel) était de sensibiliser les publics les plus fragiles à des gestes simples d’économies d’eau et d’énergies… En réalité, depuis 2011, date de création du projet, les animateurs constatent que les effets du programme sont avant tout sociaux. « Plutôt que d’apporter des solutions techniques toutes faites, nous avons voulu expérimenter des modes d’intervention innovants », résume Laurent Bouyer, chargé de mission précarité énergétique dans le Parc. « La démarche que nous proposons aux bénéficiaires, ajustée au cas par cas, est de ne plus subir son habitat, de devenir acteur de ses besoins. Cette démarche a pour effet de redynamiser les personnes, de les aider à sortir de leur isolement. »

Jeanne participe activement à la rénovation de son logement
Jeanne participe activement à la réhabilitation de son logement. Rebouchage des murs en terre après retrait des enduits ciment, mai 2014 © Laurent BOUYER

Privilégier la confiance
Dans un premier temps, l’animateur visite des familles sur la recommandation des services sociaux. Un premier échange, déterminant pour installer un climat de confiance, se crée autour de l’état de leur logement, souvent vétuste et insalubre. Un soutien pour d’éventuels travaux de réhabilitation leur est alors proposé, pouvant aller de la réalisation d’enduits isolants à l’isolation de la toiture, des combles ou des murs ou des reprises de maçonnerie… « Ces maisons en terre crue ont souvent été enduites de ciment après-guerre, relève le professionnel. Ce qui occasionne de nombreux désordres liés à l’humidité. Il suffit généralement d’enlever ces enduits-ciments et de les remplacer par des enduits chaux-chanvre pour retrouver un bon niveau de confort. »

Autoréhabilitation partagée
Dans un second temps, chacun pourra, s’il le souhaite, bénéficier d’une autoréhabilitation partagée, c’est-à-dire collective. C’est l’une des originalités du projet, la création de liens d’entraide et de partage des savoirs grâce à des équipes interdisciplinaires : les habitants du logement, des bénévoles qui en profitent pour acquérir des compétences, des artisans, et même parfois des assistantes sociales, viennent s’immerger sur le terrain… « Néanmoins, un certain nombre de personnes ne souhaitent pas s’engager dans des travaux d’amélioration, constate le professionnel. Des personnes âgées en particulier, qui ont toujours vécu sans confort, s’en accommodent. C’est leur liberté… Parfois, notre rôle se limite à accompagner les ménages, de façon qu’ils puissent obtenir les aides auxquelles ils ont droit. »

Une monnaie locale pour équilibrer les échanges
Les foyers qui choisissent de se lancer dans l’aventure acceptent aussi la charte du dispositif : chacun s’engage à redonner sur d’autres chantiers le temps d’aide dont il aura bénéficié. Les ateliers durent en moyenne une semaine. Une monnaie locale, le EMO (Équivalent Main-d’Œuvre) équilibre les échanges. EnerTerre encadre les équipes qui se constituent, jouant un rôle proche de l’assistance à maîtrise d’ouvrage. L’ingénierie et l’appui technique de l’association, associés aux heures de travail bénévole, permettent de réaliser des chantiers à coût dérisoire, voire quasi nul pour les bénéficiaires. Surtout si les matériaux utilisés sont issus de ressources locales, comme c’est le cas pour la terre et les fibres végétales.

Déjeuner convivial sur un chantier de rénovation Enerterre © Laurent Bouyer, 2013
Déjeuner convivial sur un chantier de rénovation Enerterre © Laurent Bouyer

« Après un ou deux chantiers, certains bénévoles se sont formés pour devenir à leur tour encadrants » se réjouit Laurent Bouyer. « Petit à petit, des autoécoconstructeurs se sont joints au dispositif. Ils trouvent dans l’accompagnement de l’association un soutien précieux dans leur chantier, note l’animateur, et leur présence apporte une mixité sociale, une convivialité très stimulante dans les équipes. » Même effet ricochet au niveau des partenaires* ; alors qu’ils coopèrent pour sortir des foyers de la misère, ils renforcent en même temps le développement local de la filière terre crue. Tout le monde est gagnant.

 

Texte Cécile Guiochon / Photos Laurent Bouyer

* Fondation de France, ministère, ADEME, Espace info-énergie, ANAH, associations, Conseil général, Région et opérateur habitat social.
Contact : www.parc-cotentin-bessin.fr

 

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