Vive le soleil, vive le nucléaire !

Dessin enfant soleil

Messire frère Soleil

Billet d’humeur de Thierry Salomon paru dans La Maison écologique n°119

« Vous, les écolos, vous êtes contre le nucléaire par pure idéologie ! » Des ayatollahs verts, en somme, comme vient de l’écrire un avocat devenu ministre, empêtré dans la glu d’intempestives provocations.
Contre le nucléaire, moi ? Mais non, voyons. Je suis au contraire pour augmenter très fortement sa part dans notre mix énergétique. Mais attention : pas avec n’importe quel nucléaire…

Je suis pour un nucléaire inépuisable à l’échelle humaine, totalement sans risques, distribuable sur toute la planète sans lignes à haute tension. Gérant tout seul ses déchets. Et absolument gratuit à la production.

Une verte et ayatollesque utopie ? Eh bien non. Un tel réacteur fonctionne depuis 4,5 milliards d’années et va continuer au moins autant. Il n’est pas à proximité de millions de personnes ainsi exposées à un risque industriel majeur, mais sagement situé à 150 millions de kilomètres. Il n’est pas réservé à quelques pays, mais disponible partout sur Terre. Il ne délaisse pas derrière lui des déchets hautement toxiques pour des millénaires, il les auto-consume. Et, sympa, il n’envoie pas de facture…

Le réacteur Soleil, puisqu’il s’agit bien sûr de lui, écrase donc toute concurrence. Or, curieusement, le nucléaire terrestre est toujours considéré par quelques influenceurs (supposés infaillibles puisque certains ont fait « Polytechnique ») comme LA solution à nos problèmes énergétiques. Les mêmes nous font miroiter le projet de réacteur à fusion nucléaire, ITER, qui consiste en toute modestie à « recréer le soleil sur Terre ». Pas pour demain, mais au mieux pour la fin du siècle, donc bien trop tard face à l’urgence énergétique et climatique. Et en construisant la bouilloire la plus complexe que l’homme ait jamais inventée pour, au final, produire banalement de la vapeur d’eau.

Rivaliser avec le Soleil ! L’astre doit bien se moquer de notre humaine prétention, lui dont la puissance est un million de milliards de fois supérieure à celle de toutes les centrales nucléaires existantes sur Terre. Lui qui ne met qu’une seule seconde pour produire l’équivalent de notre actuelle consommation d’énergie durant un million d’années !
Chaleureux soleil grâce à qui la température moyenne sur Terre est tempérée à 15 °C et non réfrigérée à - 18 °C. Et généreux soleil dont le rayonnement permet la photosynthèse, cette géniale alchimie, ce graal solaire assurant la croissance des plantes, des fleurs et des arbres. C’est-à-dire – excusez du peu – la permanence de toute notre alimentation et la beauté de notre planète bleue.

Le Soleil, c’est la Vie. À Assise, en Italie, un vieux sage l’avait compris qui, à la veille de sa mort, rendit au Soleil un splendide hommage :

Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour, la lumière : il est beau,
rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

C’était en 1224, il y a bientôt huit siècles. La parole de Saint-François fut ensuite balayée par un anthropocentrisme ravageur dont nous ne percevons qu’à présent combien il perturbe notre relation avec la Nature, jusqu’à rendre irréversibles nos atteintes au climat et à la diversité du vivant.

Nous vivons du Soleil, mais ne voyons pas qu’il est la clé d’une transition énergétique réussie. Nous l’accusons des pires sécheresses, alors que c’est nous qui modifions atmosphère et climat, et non lui, dont la formidable puissance est constante. Nous survivons grâce à ses bienfaits tout en l’ignorant avec ingratitude. Si bien que, comme le dit un proverbe arménien, « honteux de ce qu’il a vu toute la journée, le soleil rougit le soir ».

 

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