Coronavirus : comment les professionnel.les de l’écoconstruction s’organisent-ils pour travailler pendant le confinement ?

Coronavirus : comment les professionnel.les de l’écoconstruction s’organisent pour travailler ?

Comment faire face à l’arrêt ou à la forte diminution de son activité pendant la crise actuelle du Coronavirus ? Dans le secteur de l’écoconstruction, architectes et artisans jonglent entre chômage partiel, télétravail et reprise inquiète des chantiers.

Enquête de Nolwenn Weiler – 14 avril 2020

Au cours des premières semaines de confinement dû au Coronavirus, la quasi-totalité des chantiers de construction se sont arrêtés. Avant de reprendre (timidement) suite à la publication d’un « guide de bonnes pratiques ». Ce dernier liste les conditions requises pour pouvoir relancer un chantier*. Mais, sur le terrain, la situation reste confuse tant la théorie semble éloignée de la pratique. Premier exemple : le convoyage des ouvriers sur les chantiers, censé respecter les fameux « un mètre de distance minimale » entre salariés. Problème : les véhicules de chantier ne contiennent souvent qu’un, voire deux rangs… Certaines entreprises ont décidé de multiplier le nombre de véhicules, afin que chaque salarié soit seul au volant. Sans garantie, à ce stade, que les surcoûts engagés leur seront un jour remboursés.

* En savoir plus sur le Guide des bonnes pratiques à destination des professionnels du bâtiment : Lire l’analyse de deux avocates et l’avis du conseil des architectes.

Des tests pour garantir la santé des salariés face au Coronavirus

Autre souci : les conditions de travail sur chantier. « Comment fait-on pour tousser dans son coude quand on porte une charge lourde ? », interroge Sara Grégoire, architecte, actuellement en télétravail. « À part les plombiers et électriciens qui peuvent travailler dans leur coin, on a toujours besoin de travailler en équipe, ajoute Fabrice Hilaire, qui dirige Mélèze, entreprise de fabrication et de pose de poêles de masse. Quand on livre un poêle chez un client, on est collés l’un à l’autre pour tirer dessus. Et on a intérêt, sinon on n’a pas assez de force pour qu’il avance ! »

Pour le moment, ses huit salariés sont au chômage technique. « J’attends des dirigeants politiques qu’ils nous donnent des instructions claires, précise Fabrice Hilaire. Là, cela reste très contradictoire. Par exemple, si vous ne pouvez pas travailler à plus d’un mètre de distance, il faut que vous mettiez un masque. Par contre, ils ne nous disent pas où on le trouve, ce masque. »

Aucune information, non plus, sur d’éventuelles aides à l’achat de masques pour faire face au Coronavirus. « Je pourrai garantir la santé de mes salariés, dont je suis responsable, uniquement si je dispose de tests », ajoute l’entrepreneur. Pour le moment, seules les personnes qui présentent des symptômes de la maladie vont être testées. C’est ce qu’a annoncé le président de la République lors de son allocution du 13 avril 2020.

Les mois à venir encore plus incertains

Plusieurs professionnels s’accordent pour dire que les mois de mars et avril ne seront pas les pires, côté comptabilité. « Ça va aller, puisque nous avons le paiement des factures des mois précédents qui vont tomber, explique Sara Grégoire. Le problème sera pour après. En mai, juin et juillet, le contrecoup risque d’être rude. » D’autant que pour les indépendants comme Sara, aucun revenu n’est garanti en cas de baisse d’activité pour garde d’enfants causée par la pandémie de Coronavirus. L’architecte est maman de deux enfants qui sont à la maison 24h/24 depuis un mois et dont elle s’occupe seule. « C’est une période pendant laquelle on n’est pas très efficace, constate-t-elle. À la fin de la troisième semaine, j’ai calculé que j’avais fait le travail de deux jours en temps habituel ! C’est un peu déprimant. »

Fabrice Hilaire confirme que les vraies difficultés arriveront avec l’été. « Commercialement, cela ne s’est pas complètement arrêté, détaille-t-il. On a une grosse baisse du côté des nouveaux dossiers, mais ce qui était lancé continue. On peut faire face à la période, d’autant que les banques ont repoussé le remboursement de nos prêts. Et que le chômage partiel permet de continuer à payer les gars. Mais la question est : comment va-t-on ressortir de tout ça ? Je ne vois pas pourquoi on ne serait pas impactés par l’effondrement de pans entiers de l’économie. »

Des banques pas toujours coopératives

Pour certains travailleurs indépendants, la chute de revenus est déjà là. Michelle Delorme, spécialiste en peintures naturelles, est habituée à sillonner le pays pour travailler. « Je n’ai pas d’endroit où me loger pour effectuer mes chantiers, déplore-t-elle. Tous les logements, hôtels ou chambres chez l’habitant sont à l’arrêt, ou réservé.es au personnel soignant. » Auto-entrepreneuse, Michelle Delorme a signé un prêt personnel pour s’équiper en matériel. Elle n’a donc droit à aucun coup de pouce de la part de sa banque. « Elle m’a proposé de repousser mes remboursements de trois mois, avec une pénalité de 4 % d’intérêt pour chaque mois non payé ! Je trouve ça honteux ! »

Pour pallier cette absence de revenus, Michelle propose des livraisons de peinture à domicile. Et des conseils en décoration par téléphone. « Les gens m’envoient des photos, je les rappelle. Ils me paient en ligne. »

« Les professionnels de l’écoconstruction auront peut-être plus leurs chances au sortir de cette période de confinement, termine Sara Grégoire. L’écologie apparaît comme une question centrale. Et l’importance d’être bien chez soi, aussi. »

 

A noter : la rédaction de La Maison écologique poursuit cette enquête et publiera dans son édition n°118, à paraître fin juillet, un article complet sur la situation de la filière écoconstruction en France face à la crise sanitaire.

 


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Articles en accès libre – Confinement utile

reportages maisons et appartement écoconstruits ou écorénovés

Pour rendre le confinement et sa sortie plus vertueux, ouvrir les possibles, vous inspirer et vous évader hors de vos quatre murs, La Maison écologique publie en accès libre quelques uns de ses articles. Une grande enquête sur l’habitat face à l’effondrement (c’est de saison, non ?), mais aussi des reportages dans des maisons et appartement écoconstruits ou écorénovés… N’hésitez pas à partager avec vos proches pour leur donner de bonnes idées pour l’Après !

L’habitat face à l’effondrement

La notion d’habiter face à la théorie de l’effondrement ou des effondrements (collapsologie) dépasse la simple construction d’un abri. Elle questionne un mode d’occupation de la terre et la relation à autrui. Vous y découvrirez également comment un ancien Ministre a organisé son logis pour survivre à l’Effondrement…

Découvrez en accès libre cette enquête parue début février 2020 dans notre magazine La Maison écologique n°115.

 

Maison bois passive ambiance habitat mobile et container

Dans un quartier de Saint-Avé (Morbihan), Mélanie et Haroun ont su marier amour pour l’habitat mobile et les squats de friches industrielles avec une maison en bois passive. Haroun s’était promis de ne jamais vivre dans une maison. Nous le rencontrons pourtant avec Mélanie et leur bébé dans un bâtiment flambant neuf, dans un quartier résidentiel près de Vannes. Mais derrière ses apparences on ne peut plus sédentaires, cette maison perchée recèle bien des aspirations vagabondes…

Article paru dans notre magazine La Maison écologique n°112.

Sphère de bois pour maison cocon

Vous ne tomberez pas par hasard sur cette maison aux formes sphériques atypiques. Bien cachée au cœur des Cévennes, elle abrite un jeune couple et ses deux enfants. Au beau milieu d’un ancien aérium, cette sphère de bois s’intègre dans un projet d’habitat collectif. Construite avec 70 000 €, elle offre 70 m2 de surface au sol (mezzanine comprise), astucieusement aménagés et entièrement construits avec des matériaux naturels.

Lire l’article initialement paru dans notre magazine La Maison écologique n°86.

 

L’appartement s’agrandit, la facture de chauffage rétrécit

Dans un immeuble du centre-ville de Lyon, l’appartement vieillissant d’Anne, Étienne et leurs trois enfants s’est mué en un duplex contemporain. De même, la passoire thermique est devenue logement basse consommation. Au menu : réorganisation des pièces, réemploi, isolation laine de bois, changement de vitrages et ventilation.

Lire l’article initialement paru dans notre magazine La Maison écologique n°104.

 


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L’habitat face à l’effondrement

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Coronavirus : comment continuer à s’approvisionner en écomatériaux ?

Coronavirus : comment s'approvisionner en écomatériaux ?

Secteur « non essentiel », les magasins qui fournissent des matériaux de construction sont, pour la plupart, fermés au public à cause du coronavirus Covid-19. Il reste néanmoins possible de s’approvisionner en ayant recours aux livraisons, ou au « drive ».

Enquête de Nolwenn Weiler – 7 avril 2020

Avec l’épidémie de coronavirus, la plupart des distributeurs d’écomatériaux ont fermé boutique. Au cours des premières semaines de confinement, seuls les professionnels avaient le droit de venir retirer des marchandises en magasins. Toutefois, les particuliers pouvaient se faire livrer. Cependant, la donne a un peu changé le 24 mars dernier, avec la publication d’un décret qui autorise les magasins de bricolage à rester ouverts. Mais, dans la pratique, la plupart des enseignes préfèrent éviter d’ouvrir, pour mieux protéger leurs salariés et leurs clients.

« Les professionnels peuvent venir retirer les marchandises en prenant rendez-vous, explique Guillaume Rouaud, du magasin Logisain (Loire-Atlantique). Les devis et questions se font par téléphone ou par mail. Pour les particuliers, la livraison est obligatoire. » Yanic Noël, du réseau Ecobâti, ajoute: « Nous organisons des livraisons en France et en Belgique via tous nos magasins. Uniquement en livraison pour les particuliers. En livraison et retrait sur place pour les professionnels. »

Des conditions de livraison très strictes

Avant d’être livré, il faut s’assurer que les conditions sont réunies pour que cela se fasse sans danger face au risque de transmission du coronavirus. Ainsi, Jean-François Bébin, de la société Eko etik (Ille-et-Vilaine) y est particulièrement attentif. « La semaine dernière, j’ai livré des plaques de Fermacell à Hirel, non loin du Mont-Saint-Michel. J’ai demandé au client de me déposer une palette à l’extérieur et de ne pas être présent. J’ai tout déchargé tout seul, puis je suis reparti. » Jean-François Bébin prend ces mêmes précautions anti-coronavirus quand il confie les livraisons à un transporteur. « Je vérifie que le livreur va réellement pouvoir décharger seul, pour éviter les contacts avec les clients. Est-ce que l’accès le permet ? Est-ce qu’il pourra se servir de son chariot élévateur ? Je cadre ça très clairement avec les gens. »

« Il est très important de nous confier uniquement les commandes pour lesquelles les gens ont l’assurance qu’elles peuvent être réceptionnées. Toutes les marchandises ne pouvant être livrées nous seront automatiquement retournées », avertit de son côté Marie Cargueray, du Pôle habitat écologique, situé à Baud (Morbihan). « Les livraisons peuvent avoir un léger retard par rapport à d’habitude et le changement, c’est l’impossibilité de choisir la livraison en point relais », précise Manon Clabaut, du réseau Kenzaï. Côté transporteurs, « des frais supplémentaires s’appliquent en raison du manque de personnel ». Quand ce sont les distributeurs qui assurent eux-mêmes les livraisons, un système de forfait kilométrique est proposé, avec parfois des tarifs dégressifs selon la quantité de marchandises commandées. Il arrive aussi que les distributeurs passent directement par les services de livraison des fabricants de matériaux.

Le drive se généralise face au coronavirus

Autre option : le « drive ». Il permet de venir récupérer son matériel préalablement préparé en magasin. Ainsi, « il est possible de venir chercher sa commande en “retrait” en ayant au préalable passé commande sur le site Internet, explique Manon Clabaut, du réseau Kenzaï. Nous appelons le client quand la commande est prête, avec une date de rendez-vous. Lorsqu’il vient la chercher, la commande est isolée. De cette façon, le client est seul pour charger dans son véhicule (aucun contact avec le personnel). Toutefois, si besoin, notre préparateur (équipé d’un masque) peut aider à charger avec le chariot ». « Nous déposons les matériaux façon drive à l’extérieur du magasin, en respectant une zone de sécurité stricte », expliquent les gérants du magasin parisien Bien être et matériaux. Comme l’arrêté du 24 mars autorise l’ouverture des magasins de bricolage, il faut cocher la case ” achat de produits de première nécessité ” sur l’attestation de déplacement dérogatoire.

Autre option, le groupement d’achat

Enfin, à noter : l’organisation toute récente de groupes d’achats spécialisés en écoconstruction par le réseau Twiza (pour l’instant plutôt orientés photovoltaïque, chauffe-eau solaire et poêle de masse – pas d’isolant). Ce dernier propose en temps « normal » des informations diverses pour les autoconstructeurs et une mise en relation avec des volontaires aux chantiers participatifs. Du côté des grandes enseignes de bricolage, la situation est assez inégale face au coronavirus. Certaines – pour le moment peu nombreuses – ont décidé d’ouvrir. Mais d’autres se concentrent sur le système du « drive » et la livraison à domicile. Toutes espèrent que le décret du 24 mars va permettre de relancer une activité en berne depuis le début du confinement.

« Certaines personnes sont réellement impatientes d’avoir des matériaux, termine Jean-François Bébin. Mais la plupart des gens sont plutôt compréhensifs. En général, ils acceptent de faire une pause dans leurs chantiers et se disent qu’ils décaleront, c’est tout. Un chantier, très objectivement, c’est rarement vital. Et si on a deux ou quatre mois de retard à l’échelle d’une vie, c’est quand même faible, non ? »

 


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DIY – Des tutos offerts pour bricoler sainement

tutos DIYs offerts

Des tutos DIY (tutoriels de bricolage) en accès libre pour que la période du grand chamboulement serve aussi à bricoler sainement et pourquoi pas avec vos enfants… Yourte en bambou, enduit décoratif à base de terre et chaise d’enfant en bois de récup’ sont au programme.

N’hésitez pas à partager ces articles avec vos proches pour qu’ils puissent aussi s’occuper utilement durant le confinement !


Tuto n°1 : Une chaise Lama pour enfant

Actuellement dans les kiosques, le cahier pratique bricolage du magazine La Maison écologique n°116 présente un pas à pas pour Fabriquer une chaise lama pour enfant.

Fabriquer une chaise d'enfant

Cette chaise, issue d’une réflexion sur le mobilier menée au sein du CAUE des Côtes-d’Armor depuis plus de dix ans, invite à se réapproprier la fabrication d’un objet du quotidien.

 

    • Outils et matériaux : planches de bois, vis, perceuse-visseuse
    • Coût : 30 €
    • Durée : 40 min

Tuto n°2 : Une FlexYourte en bambou

Pour construire un abri léger et nomade, pourquoi ne pas craquer pour le bambou ?

DIY - Construire une FlexYourte

C’est ce que l’on vous propose dans ce cahier pratique de cueillette Ma flexYourte en bambou. Paru dans notre hors-série Cap vers l’autonomie – tome 1, cette fiche pratique réalisée avec l’aide de l’association Tit’B Libres présente un modèle de yourte pliable de 2,60 m de haut pour 3,60 m de diamètre une fois installé et seulement 2,15 m de haut et 60 cm de diamètre en format plié.

    • Outils et matériaux : bambou, corde, fil de fer, pinces, scie, perceuse
    • Coût : 23 à 230 € (selon possibilité de récup’)
    • Durée : 3 à 4 jours

Tuto n°3: Sgraffito, une déco pour ses enduits

Employée depuis des siècles partout dans le monde, la technique du sgraffito crée un effet décoratif par le grattage d’une couche de surface pour faire apparaître une couche sous-jacente de couleur ou de texture différente.

DIY - Décorer son enduit avec le sgraffito

L’article Le sgraffito, grattage gagnant a été publié dans notre magazine La Maison écologique n°111.

 

  • Outils et matériaux : terre argileuse prête à l’emploi ou tamisée et testée « maison », malaxeur, platoir, taloche, lisseuse, spatule
  • Coût : 0 à 128 € (selon achat ou non d’enduit terre prêt à l’emploi)
  • Durée : 10 h

 

 

 


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Effondrement et Silicon Valley…

Effondrement vu par les riches

Peut-être avez-vous eu l’occasion de visionner la série L’Effondrement*. Et vous êtes-vous dit que les réalisateurs avaient une imagination débordante. Rupture alimentaire, exil des riches, ruée vers les communautés rurales autonomes, guérilla civile pour l’accès à l’essence et aux denrées alimentaires… Vous avez cru à une blague du Gorafi quand on vous a raconté que des bunkers de luxe fleurissaient pour accueillir les milliardaires en cas d’apocalypse ? Et vous avez ri quand vous avez lu qu’un ancien ministre de l’écologie gardait précieusement deux chevaux de trait et une carriole pour se déplacer le jour où il n’y aurait plus de pétrole disponible (lire LME 115, p. 46 à 50) !

 
Avez-vous remarqué qu’on ne parle quasiment plus de développement durable. Trop gentillet. Et de moins en moins de transition. Trop tard ? La tendance est à la résilience. Comment rendre nos logements, notre territoire et notre société résilients face aux crises à venir : climatiques, financières, alimentaires… Bienvenue en 2020 !

On ne rigole plus de l’effondrement à la Silicon Valley…

Depuis quelques années déjà, des magnats de la Silicon Valley ne rigolent plus avec la fin du monde et s’y préparent très concrètement**, voire cyniquement… Pendant que le fondateur de Facebook se prévoit un avenir tranquille dans ses 280 ha de l’île de Kauia, non sans avoir essayé de faire annuler juridiquement des droits ancestraux de quelques Hawaïens sur ces terres, d’autres investissent dans des forteresses luxueuses aux coordonnées GPS secrètes*** ou achètent dans des terres reculées de Nouvelle-Zélande en conservant près d’eux un hélicoptère toujours prêt à décoller…
Alors un conseil. Si vous n’avez pas envie d’entendre leur cynisme, suivez les préconisations de notre dossier sur l’isolation phonique (p. 31) ! Et si vous vous questionnez sur les modes d’habitat face à l’effondrement, épluchez notre enquête p. 46. Mais pensez aussi à chercher l’inspiration dans des projets où l’humain et l’entraide forment un socle important (p. 12, 42, 62).

Et rira bien qui rira le dernier…

 
* Sur Canal+ et Youtube (chaîne Les Parasites), un épisode par mois depuis novembre 2019.
** Lire à ce sujet les articles de The Guardian « Why Silicon Valley billionaires are prepping for the apocalypse in New Zealand » et de The New Yorker « Doomsday Prep for the Super-Rich ».
*** Interview de Robert Vicino, créateur de The Vivos Project – Paris Match 21/12/2015 « Bunker pour milliardaires ».

Éditorial publié dans le magazine La Maison écologique n°115 à paraitre fin janvier 2020


RE2020 : que reste-t-il du label E+C- ?

RE2020 et label E+C-

Nous avons choisi de publier ici l’intégralité du communiqué envoyé fin novembre par Thierry Rieser, gérant du bureau d’études Enertech, et cosigné par une soixantaine d’acteurs de terrain, inquiets de la tournure que semble prendre la nouvelle réglementation thermique et environnementale pour la construction, la RE 2020. Avec notamment une réduction des exigences par rapport à l’expérimentation E+C-. Les nombreux signataires demandent en urgence aux pouvoirs publics de reconsidérer certains axes de travail.

 

La RT2012 est née du Grenelle de l’Environnement dont les travaux s’étaient déroulés durant l’été 2007 et mise en place le 1er janvier 2013 après plus de 5 ans d’intenses discussions entre parties prenantes. Elle a constitué un saut qualitatif important en instaurant pour la première fois en France un objectif de performance énergétique exprimé en valeur absolue en énergie primaire et par unité de surface.

Devant le constat largement partagé de la nécessité de la faire évoluer face aux enjeux climatiques et énergétiques toujours plus prégnants, l’État a décidé de prendre les devants en lançant la réflexion sur ce qui est censé devenir la « RE2020 » – le « E » pour « environnementale » à la place de « thermique » marquant la volonté d’élargir à juste titre le périmètre de la règlementation à d’autres questions que la seule énergie consommée par les occupants des bâtiments.

C’est ainsi qu’était lancé fin 2016 le label Energie Carbone, ou E+C-, censé préfigurer la future Réglementation Environnementale RE2020, qui remplacera la RT2012.

A l’époque, nous avons été nombreux à saluer les avancées majeures de ce label. Il introduisait l’analyse de cycle de vie (ACV) des bâtiments par un premier indicateur : le carbone. Il concrétisait enfin la notion de « Bâtiment à énergie positive » (lancé 10 ans plus tôt par le Grenelle de l’Environnement) avec le bilan BEPOS, dans lequel étaient incluses les consommations d’électricité à usages spécifiques (électroménager, bureautique etc.).

Trois ans plus tard, après que des centaines d’opérations tests aient vu le jour partout en France et que des dizaines de réunions de concertation (groupes d’expertise et groupes de concertation) aient eu lieu avec toutes les parties prenantes, voici l’heure des arbitrages.

Alors que reste-t-il de l’ambition initiale ?

Disons-le tout net : malgré un certain nombre de points positifs qu’il convient de saluer, l’enthousiasme des débuts a cédé la place à la crainte que notre pays ne fasse machine arrière sur des points essentiels…

À cet égard, espérons que l’appel à la raison que constitue ce texte signé par un grand nombre de professionnels du bâtiment et d’acteurs de terrain engagés de longue date dans la transition énergétique et écologique pourra être entendu avant qu’il soit trop tard.

Des points positifs qui méritent d’être salués

Parmi les évolutions présentées dans le document « Evolutions de la méthode d’évaluation Energie Carbone et indicateurs testés en vue de la RE2020 » publié le 6/11 sur le site http://www.batiment-energiecarbone.fr, nous saluons les avancées suivantes :

  • Les indicateurs seront rapportés à la surface habitable (SHAB) ou la surface utile (SU), simple et connue de tous, au lieu de la SRT ;
  • L’analyse de cycle de vie sur l’indicateur carbone Eges est toujours présent, et cela reste une innovation majeure de la RE2020 (on attend tout de même de voir si les objectifs seront ambitieux ou non) ;
  • L’approche socle + points, initialement envisagée, a été abandonnée. Elle aurait nécessité un équilibrage (forcément arbitraire) de la valeur des points entre énergie et carbone. L’approche retenue comportera a priori des objectifs sur chacune des dimensions Energie et Carbone, ce qui semble plus simple et plus robuste ;
  • L’indicateur de confort d’été de la RT2012, la Tic, largement critiquée par la profession, serait remplacée par un indicateur en degré-heures (plutôt que la DIES), qui semble mieux refléter la réalité ;
  • La prise en compte des Autres usages immobiliers dans les consommations énergétiques : éclairage des parties communes et parkings, de la ventilation des parkings et les ascenseurs et escalators ;
  • L’ajout d’un indicateur Carbone biogénique stocké, évaluant la fonction « puits de carbone » de la construction biosourcée. Mais y aura-t-il un objectif ?

Et point positif général, indépendamment des arbitrages, la démarche E+C- a permis la montée en compétences et la mobilisation de la profession, en particulier autour de la problématique du bilan carbone qui est très novatrice. Globalement, cette expérimentation est une réussite pour cela et il serait dommage de ne pas valoriser pleinement le travail réalisé par tous les partenaires.

Mais ces points positifs ne suffisent pas à contrebalancer nos inquiétudes : pour nous acteurs du Bâtiment qui avons expliqué le label E+C- à nos maîtres d’ouvrages, qui l’avons parfois défendu auprès de nos confrères dubitatifs depuis le départ, qui avons investi du temps et de l’énergie pour y apporter nos contributions, la récolte est bien maigre !

Et les reculs majeurs décrits ci-dessous, s’ils se confirmaient, resteraient difficiles à accepter, tant nous avons la conviction qu’ils sont contraires aux intérêts de la Transition énergétique et environnementale.

Disparition du bilan BEPOS

Selon le document « Evolution de la méthode » cité précédemment, l’indicateur BEPOS ne sera plus évalué. Fini donc cet indicateur qui permettait de faire le bilan de l’ensemble des consommations tous usages et de leur production d’énergies renouvelables. Dans le label E+C-, c’est pourtant ce bilan BEPOS qui était au cœur de l’évaluation énergétique. Cette évaluation classe les bâtiments du niveau E1 peu exigeant jusqu’au niveau E4, correspondant à un bilan BEPOS nul ou négatif, c’est-à-dire un bâtiment produisant plus d’énergie qu’il n’en consomme, conformément à la définition d’un « bâtiment à énergie positive », ou BEPOS.

Pourquoi est-ce grave ?

D’abord parce qu’avec cet abandon, s’il était confirmé, on ne pourra plus atteindre l’objectif de la loi Grenelle 1, dont l’article 4 fixait comme objectif que tous les bâtiments neufs soient à énergie positive dès 2020, transcrivant en cela la directive Européenne 2010/31 du 19 mai 2010 sur la performance énergétique des bâtiments (« Nearly zero energy Buildings »). Sans bilan BEPOS, comment compte-t-on définir un bâtiment à énergie positive ?

Aussi parce qu’en faisant totalement disparaître les Autres usages de l’énergie, ou Aue, qui sont toutes les consommations autres que les 5 usages réglementaires (le chauffage, l’eau chaude sanitaire, l’éclairage, la climatisation et les auxiliaires), soit l’électroménager, la cuisson, la bureautique etc., on néglige tout simplement le plus important poste de consommation des bâtiments neufs. Il n’apparaît plus dans aucun indicateur ! Le bosquet des 5 usages réglementaires va continuer à cacher la forêt des véritables consommations énergétiques des bâtiments (voir schéma ci-dessous).

Exemple de répartition des consommations d’énergie primaire mesurées d’un bâtiment de logements collectifs performants : si on ne considère pas les Aue, on néglige les deux tiers de la consommation ! Source : Campagne de Mesure d’Enertech.
Exemple de répartition des consommations d’énergie primaire mesurées d’un bâtiment de logements collectifs performants : si on ne considère pas les Aue (autres usages de l’énergie), on néglige les deux tiers de la consommation ! Source : Campagne de Mesure d’Enertech.

Alors certes, l’indicateur BEPOS n’était pas parfait, mais les groupes d’expertises avaient proposé de nombreuses améliorations, dont notamment l’assouplissement de la définition des bâtiments à énergie positive pour être atteignable pour les bâtiments avec plusieurs étages. Nous aurions pu ainsi concrétiser l’engagement de la France d’aller vers 100% de bâtiments neufs à énergie positive en 2020, ambition qui semblait fédératrice à l’époque dans la bouche de nombreux acteurs du bâtiment (voir par exemple ce document de 2014 du Plan bâtiment durable).

Attaques sur le coefficient 2,58

Second point, lors de la réunion de concertation du 7/11/2019, il a été annoncé que les calculs qui seront réalisés entre fin 2019 et début 2020 pour fixer les seuils de la future RE2020 seront réalisés non pas avec le coefficient 2,58 d’énergie primaire de l’électricité, mais avec un coefficient 2,3.

Pourquoi cette valeur, contraire à la réalité physique du mix électrique français actuel ?

Lors d’une précédente réunion de concertation en avril 2019, l’Administration avait évoqué la prise en compte d’un coefficient de 2,1 suscitant un tollé dans la profession. L’argument avancé était qu’on anticipe ainsi l’amélioration future du coefficient d’énergie primaire, censé correspondre au futur mix électrique de 2035 si tous les objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), issue de la Loi de transition énergétique pour une croissance verte de 2015 (LTECV), tant en matière de consommation que de production, y compris celui de 50% de nucléaire et d’augmentation de la production d’électricité renouvelable, étaient atteints. A l’appui de sa position, la DGEC avait mis en avant le graphique ci-dessous :

Graphique issu de la note de cadrage de la DGEC en Avril 2019, justifiant le coefficient 2, 1
Graphique issu de la note de cadrage de la DGEC en Avril 2019, justifiant le coefficient 2, 1

Il est intéressant de noter sur ce graphique que la réalité physique est que le coefficient d’énergie primaire de l’électricité est bien supérieur à 2,58 depuis des dizaines d’années…

Parier sur sa baisse est typiquement une prophétie auto-non-réalisatrice. Si on fait cette hypothèse, on va de fait favoriser les modes de chauffage électrique les moins performants (les radiateurs électriques, au détriment des pompes à chaleur par exemple) et ainsi augmenter la demande d’électricité. Or une production aussi élevée ne pourra pas être couverte seulement avec des énergies renouvelables, mais fera aussi appel au développement ou aux imports des centrales thermiques classiques. Or les lois de la physique indiquent qu’au faible niveau de température qui est le leur, le rendement de ces centrales est d’environ 30%, ce qui fera tendre le coefficient d’énergie primaire vers plus de 3.

Faut-il le rappeler, le coefficient d’énergie primaire de l’électricité est une réalité physique, et non une valeur négociable. Pourquoi d’ailleurs proposer 2,1, puis 2,3 ? Est-ce un marchandage ? On rappelle que la Directive Européenne 2018/844 sur la performance énergétique des bâtiments fixe la méthode de détermination de ce coefficient que doivent utiliser les Etats Membres (paragraphe 2 de l’annexe 1). Un coefficient basé sur un pari impossible à tenir est contraire aux Directives Européennes, on peut donc légitimement s’interroger sur un tel choix qui pourrait s’avérer juridiquement fragile au niveau Européen.

Cessons donc de faire mentir la physique ! En accord avec les règles Européennes, nous devrions adopter la valeur actuelle du coefficient telle que définie par la courbe ci-dessus en 2019, soit 2,74, et le réviser dans 5 ans pour suivre les évolutions réellement constatées !

Ad minima le maintien du statuquo à 2,58 pourrait être une solution raisonnable qui éviterait de rouvrir ce débat explosif.

Une autre source d’inquiétude est l’annonce lors de la même réunion d’avril 2019 que l’impact carbone du chauffage électrique pourrait être également réduit de 210 gCO2/kW.h dans le label E+C- à 80 gCO2/kW.h, valeur proche de la moyenne annuelle des émissions carbone du mix énergétique français. Or la valeur de 210gCO2/kWh provient de la base Carbone de l’ADEME en 2013, et prend en compte le fait qu’en moyenne mensuelle hivernale le mix énergétique s’appuie sur un recours important aux énergies fossiles, à cause précisément du chauffage électrique. Nous ne comprenons pas ce qui justifierait physiquement d’abaisser ce coefficient dans la RE2020. Il est donc important de maintenir cette valeur hivernale dans la future réglementation, quitte à anticiper des évolutions du mix français à l’avenir, et adapter la valeur au fil du temps aux évolutions constatées objectivement.

Si la volonté politique est de décarboner le chauffage (conformément à la Stratégie Nationale Bas Carbone notamment), en rendant plus difficile le recours aux générateurs gaz fossile les moins performants (non associés à du solaire thermique par exemple), alors les arbitrages proposés vont beaucoup trop loin ! Nul besoin de faire mentir la physique pour arriver à cet objectif.

En effet, la Pompe à chaleur performante, c’est à dire avec un coefficient de performance (COP) annuel supérieur à 3, est déjà gagnante sur tous les tableaux en prenant en compte les coefficients physiques actuels :

  • Pour l’énergie, si on ramène le COP annuel à un rendement en énergie primaire 3 / 2,74 = 109%, c’est déjà un rendement annuel en énergie primaire supérieur ou égal à toute chaudière gaz ;
  • Et sur le carbone, avec le coefficient physique de 210 gCO2/kW.h pour l’électricité pour le chauffage, la PAC émet 210 / 3 = 70 gCO2 par kW.h de chaleur produite, c’est déjà bien mieux qu’une chaudière gaz à environ 240 / 95% = 252 gCO2 par kW.h (pour une hypothèse de rendement annuel de 95%, sachant qu’une autre hypothèse ne changerait pas l’ordre de grandeur).

En clair, nul besoin ni d’un coefficient 2,3 ni d’un facteur GES de 80g, les valeurs réelles ou celles du label E+C- suffisent déjà à obtenir un effet incitatif puissant pour décarboner le chauffage, principalement avec un objectif ambitieux sur l’indicateur carbone Eges.

Voir à ces sujets du coefficient d’énergie primaire et de l’impact carbone de l’électricité, cette note de synthèse publiée en 2019.

Attaques sur les EnR électriques

Un vent de photovoltaïque-bashing souffle sur la RE2020…

Disparu le bilan BEPOS, la production d’énergie renouvelable ne pourrait être valorisée dans la RE2020 dans le Cep que pour sa part auto-consommée. N’exportez plus, cela ne sert à rien. Vos électrons n’ont pas d’intérêt, on n’en veut pas sur le réseau…

Cette approche ne valorisant que l’autoconsommation a également le défaut de favoriser les toutes petites installations, typiquement un capteur sur une maison individuelle pour optimiser l’atteinte du Cep sans avoir à penser globalement la performance. En effet, toute la production d’un seul capteur sera auto-consommée. A contrario, une installation photovoltaïque de 3 kWc ou plus sera mal valorisée car une part importante sera exportée sur le réseau et consommée par d’autres bâtiments.

De même, il est prévu que l’indicateur RER (recours aux énergies renouvelables) soit remplacé par un RCR (recours à la chaleur renouvelable). Bien sûr la chaleur renouvelable (solaire thermique, biomasse, géothermie, etc.) a toute sa place dans la performance des bâtiments et les filières ont besoin d’être soutenues. Mais pourquoi supprimer l’indicateur RER au lieu de juxtaposer les deux ?

Autre coup dur, plus technique : dans le bilan carbone la production renouvelable après période d’analyse n’est plus valorisée. La durée de vie d’un capteur photovoltaïque est supposée de 30 ans (en fait après 30 ans il continue de produire). Celle du bâtiment est supposée de 50 ans. Donc le calcul compte l’impact des capteurs à la construction, de nouveau au bout de 30 ans pour les remplacer, et on met à la benne les capteurs au bout de 50 ans sans valoriser les 10 ans (minimum) où ils vont en fait continuer à produire.

A l’inverse, soulignons que le mode de calcul de l’impact carbone des panneaux PV dans le calcul actuel est très favorable aux grandes installations. En effet, leur valeur d’impact est pondérée du taux d’autoconsommation (Tac pv) dans le calcul des indicateurs climatiques Eges et Eges pce (voir p 28 de la méthode E+C-). Tout ceci nous semble trop complexe et totalement illisible pour les maîtres d’ouvrage. Une remise à plat pour simplifier et éclaircir ces sujets semble nécessaire, avec une vigilance sur la juste évaluation de l’ensemble des impacts carbone.

Si on prend un peu de recul, tout le monde s’accorde plus ou moins pour dire qu’il faut développer les énergies renouvelables en France. Le photovoltaïque en fait partie, pourtant la France n’atteint même pas les objectifs globaux de production photovoltaïque annuels qu’elle s’est assignés. Il faut donc appuyer sur l’accélérateur, pas sur le frein ! Et si on veut développer cette filière, il faut se poser la question suivante : préfère-t-on les panneaux dans les champs ou sur le toit des bâtiments ? Quelle est donc la logique qui sous-tend ces choix contre-productifs ?

L’argument mis en avant pour justifier l’ensemble de ces mesures bridant la filière photovoltaïque est qu’il faut éviter d’avoir des passoires thermiques couvertes de capteurs photovoltaïques. Tout le monde est d’accord pour éviter cet écueil. Mais est-on également tous d’accord pour refuser les passoires thermiques chauffées au bois, afin de ne pas épuiser la ressource de bois renouvelable et locale ? Est-ce donc la bonne solution de brider les EnR électriques ? Non. La bonne solution consiste à mettre un critère de performance sur l’enveloppe, et il a déjà un nom : le Bbio ! C’est pourquoi plus que jamais il faut défendre l’acquis du Bbio, et en renforcer les objectifs, et surtout pas le supprimer comme il en a été question.

Il nous semble que ce n’est pas le rôle d’une réglementation d’arbitrer entre les filières par un choix d’objectifs au périmètre artificiellement restreint (comme le RCR). Les filières doivent être jugées sur un pied d’égalité, en se basant sur la réalité physique des impacts énergétiques et climatiques. Tout devrait nous amener, dans l’esprit de la LTECV et de la COP 21, à minimiser l’ensemble de nos consommations, quelle que soit la nature de l’énergie consommée, et à promouvoir l’ensemble des énergies renouvelables au lieu d’opposer les filières entre elles.

Un calcul carbone illisible

A ces arbitrages s’ajoutent une confusion toujours non résolue sur le résultat du calcul d’impact gaz à effet de serre (GES), dit bilan carbone. En effet, plusieurs études montrent que finalement, construire en béton ou bien construire en bois aurait le même impact du point de vue GES.
( Voir par exemple la présentation à Cities to Be en septembre dernier de Gabriel SAUTIER, Immobilière 3F, Nathalie TCHANG, Tribu Energie et Mickaël THIERY, DHUP : https://www.citiestobe.eu/wp-content/uploads/2019/09/A1_1209_Auditorium_A-PUBLIER.pdf )

Un résultat illisible pour les maîtres d’ouvrage, car contre-intuitif et tout simplement une contre-vérité ! En effet, ce résultat apparent dans le calcul s’explique par deux biais méthodologiques :

  • Le recours plus important aux données génériques dans la filière bois. En effet, les petits industriels de cette filière n’ont pas les moyens de financer les nombreuses fiches FDES nécessaires à décrire l’ensemble des composants de de la construction bois. On est donc forcé d’utiliser des données par défaut pour la construction bois, volontairement pénalisantes (pour inciter les industriels à réaliser les FDES). Sur le cas d’étude montrant un impact climatique similaire en bois et en béton, c’est en fait plus de 60% de données par défaut qui ont été utilisées, contre moins de 25% en filière béton (chiffres issus de la présentation citée en bas de page). Les nouvelles fiches collectives du FCBA sont à ce titre une bonne nouvelle qu’il convient de saluer, et qui devrait permettre de meilleurs résultats de calcul à l’avenir.
  • Autre problème : les laitiers de haut-fourneau, présentés comme « la » solution de la filière béton. Incorporer des laitiers de haut-fourneau issus de la sidérurgie dans le ciment permet en effet d’abaisser son contenu carbone. C’est le béton dit « bas carbone », une bonne nouvelle en soi ! Cependant, le laitier est considéré comme un déchet par la filière béton, donc son impact est compté comme nul. Alors que la filière acier compte le laitier de haut-fourneau comme un co-produit de l’acier, ce qui diminue le poids carbone de l’acier. Compté en négatif d’un côté, compté à 0 de l’autre, il y a là une erreur méthodologique en faveur de la filière béton armé !

Ces deux problèmes méthodologiques ont été signalés de longue date. On peut s’étonner qu’il ne semble pas prévu de les corriger avant de réaliser les calculs de calibrage de la RE2020.

Afin de compléter la base de référence sur les déclarations environnementales et sanitaires (base INIES), un AMI a été annoncé par la DHUP en novembre 2019. Ceci va bien sûr dans le bon sens, mais les résultats arriveront trop tard par rapport à la phase de calcul et de calage des objectifs qui débute cette fin d’année. En attendant, ne pourrait-on pas mettre à disposition des concepteurs des valeurs par défaut issues des bases de données d’ACV internationales et peu ou pas pénalisantes ?

Et au passage…

De façon non exhaustive et en résumé, encore d’autres déceptions :

  • Le scénario conventionnel restera toujours en décalage avec la réalité du terrain. On continuera globalement de sous-estimer structurellement les consommations de chauffage en continuant de croire que :
    • Les gens se chauffent à 19°C avec un ralenti de jour à 16°C,
    • Les logements sont inoccupés les jours de la semaine malgré la présence des retraités, des chômeurs, des travailleurs à domicile, etc.,
    • Les logements sont également inoccupés pendant les vacances de fin d’année (où sont donc passés les gens ?),
    • Personne n’ouvre ses fenêtres pour aérer,

On pourrait actualiser l’ensemble de ces indicateurs (tout en restant dans une logique conventionnelle, on est d’accord qu’en réalité il y a autant de cas particuliers que d’occupants), des propositions ont été faites en ce sens en Groupe d’Expertise.

  • A l’inverse la consommation d’eau chaude sanitaire (ECS) va continuer à être surestimée. Malgré le Guide du COSTIC de 2016 qui révèle une baisse des puisages, la quantité d’eau chaude utilisée au total ne sera pas modifiée.
  • Toujours dans le flou : y aura-t-il un objectif ambitieux sur le Bbio (voir précédemment) ?
  • Et toujours aucune exigence sur un sujet pourtant majeur de santé publique : la qualité de l’air intérieur. Ce thème n’a toujours pas été abordé. Voir à ce propos notamment l’article de Suzanne Déoux (Médiéco) dans le Manifeste d’EnerJmeeting 2017.

L’heure est au courage politique !

Nous gardons espoir cependant ! Les orientations proposées à ce stade ne sont sans doute pas définitives. Nous espérons par ce communiqué faire prendre conscience à la profession et aux décideurs de l’écart qui se creuse entre les ambitions annoncées, en conformité des lois votées par le Parlement et des engagements européens de la France, et la réalité de ce qui est proposé aujourd’hui.

Nos propositions prioritaires :

  • Adopter la valeur actuelle du facteur d’énergie primaire de 2,74 pour l’électricité, ou a minima rester sur le statuquo du 2,58 ;
  • Fixer un objectif (ambitieux !) de Bbio, au lieu des arbitrages pénalisant le photovoltaïque ;
  • Conserver le Bilan BEPOS incluant tous les Aue, en plus Cep ;
  • Calculer à la fois l’indicateur RER (toutes énergies renouvelables) et l’indicateur RCR (chaleur renouvelable),
  • Sur le volet Carbone : continuer de compléter la base INIES, pour remplacer les valeurs par défaut très (trop) pénalisantes,
  • Corriger le problème méthodologique des laitiers de haut-fourneau entre filières acier et béton.

Et à l’issue de la phase de calcul de calibration, fixer des valeurs cibles ambitieuses en énergie et en carbone !

Courage, pour information nous avons construit le nouveau siège d’Enertech à Pont de Barret (26) pour 1120 € HT/m² SHON coût travaux hors VRD, et il est… E4C2 !

Signataires : Thierry RIESER, BE Enertech ; BE AGI2D ; BE ALTO Ingénierie ; BE AMOES ; ARBORESCENCE ; Antoine ARDOUIN, BE EPCO Energies ; Association ASDER ; Cabinet ASTRE Transition ; Atelier des Vergers, Architectes ; Gilles AZZOPARDI, chef d’entreprise – design urbain ; Nicolas BEAUPIED, Directeur de projet de l’agence de conseil TRANSITIONS ; Philippe BERTRAND, Association APROMER ; Laurent BILLAUD, Directeur Bio B.E ; Jean-Paul BLUGEON ; Frédéric BŒUF, BE Surya Consultants, SEBA Experts, Cyclades ; Vincent BRESSY, Architecte, Agence WS-A ; Aurélien BROSSAUD, BE INDDIGO ; Olivier CASSAGNES, Technicien en thermique ; Clément CASTEL, BE ENERGELIO ; Christian CARDONNEL, Consultant ; BE C+POS ; CHABANNE INGENIERIE ; Bulle CHAULIAC, Paysagiste, Directrice générale d’URBALAB Toulouse ; Christian CHARIGNON, Tekhnê architectes & urbansites ; Sylvain CHATZ, BE ENERCOBAT ; Xavier CHOLIN, Ingénieur solaire thermique ; Association CLER réseau pour la transition énergétique ; Stéphane COCHET, A003architectes ; Sylvain COUDURIER, BE ENERCOBAT ; Samuel COURGEY, Arcanne ; Cédric CRETON, BE IMAEE ; Philippe DALLA-NORA, Gérant d’HABITAT BELLE PLANETE & SOLAR BELLE PLANETE ; Association Défi énergies 17 ; Mathieu DELEUZE, BE THERREA ; Denis DESSUS, Architecte ; Guillaume DEVILLERS, Ingénieur bâtiment durable ; Yves DOLIGEZ, Conseil Environnemental ; Dominique DUPONT, BE Sas SD ; Jean-Luc DUVILLIER, BE TERRE-ECO ; Encore Heureux architectes ; Association ENERPLAN ; BE ETAMINE SCOP ; Hubert FÈVRE, Consultant – Ingénieur conseil ; Luc FLOISSAC, Conseiller environnemental ; Bertrand FREZET, BE Caeli Conseil ; Laurent FUHS, Directeur Technique, BE EGIS ; Olivier GAUJARD ; Dominique GAUZIN-MULLER, Architecte ; François GELLE, Chargé d’affaires Génie Climatique ; Sylvain GODINOT, consultant indépendant en transition écologique ; Jeanne GOFFART, Ingénieure de Recherche ; Julie GOMEZ, Ingénieure bâtiment durable ; Natacha GONDRAN, Enseignante-chercheur en évaluation environnementale ; Jean Pierre GOUDARD, Agence Locale de la Transition Energétique du Rhône ; Association GREEN CROSS ; Alain GUIAVARCH, Ingénieur en bureau d’études ; Julien HENRY, Technicien de bureau d’étude ; Association HESPUL ; Yves JAUTARD, Architecte, et SOLARTE ; Guillaume JACQUET, Technicien en thermique ; Mathias LANGUILLAT, BE APESBAT ; François LIERMANN, Architecte, PANOPTIQUE ; Paul LIRET, Ingénieur thermicien ; Véronique MAGNIERE, Ingénieure bâtiment durable ; Vincent MARIEL, Consultant en environnement et stratégie carbone ; Guy MARTIN, ingénieur ; Max MAUREL, MAYA Construction Durable ; Benjamin MERMET, Prescripteur bois construction ; Dominique et Edouard MOLARD, Architectes, ARCHIPENTE ; Thomas NAVARRO, Technicien en thermique ; Nicolas NAUD, BE ELEMENTAIRE CONSEIL ; Pierre OBERLÉ, Ingénieur énergéticien ; Guillaume PARIZOT, Directeur Métier Construction Durabledu BE EODD ; Thomas PERRISSIN, Directeur général d’ÖkoFEN France ; Vincent PIERRE, BE Terranergie ; Eric PILLIER, Directeur général du BE RBS IDF ; Antoine PRATS, BE Phroneco ; Anne RIALHE, gérante d’AERE ; Julien RIVAT, Architecte ; Thierry ROCHE, Architecte-Urbaniste, AtelierThierryRoche & Associés ; Laurence RYCKWAERT, Architecte ; Bernard SESOLIS, BE ; Olivier SIDLER, fondateur du BE Enertech ; Marion Sié, BE ACV VERSo ; Karim TAHIR, gérant de Be.energetik ; Antonin TOUPILLIER, BE GIRUS GE ; BE TRIBU ; Philippe VAUFREY, BE eEgénie ; Marie-Hélène VIAL, responsable Stratégie et Développement

Vous pouvez également signer cet appel en cliquant ici


Autonomie face au Monopoly

Hors-série n°12 du magazine La Maison écologique consacré à l'autonomie en eau et en chauffage

Et si on renversait la table ? Vu de sous la nappe, le point de vue pourrait être bien différent de celui véhiculé par le vacarme ambiant. Loin d’un repli sur soi, loin d’une vie en marge de la société, loin d’un refus de l’altérité et du vivre-ensemble, loin de l’égoïsme qu’on leur prête volontiers, loin de la petite goutte insignifiante dans cet océan de torpeur, les foyers autonomes que nous avons visités et les habitant.e.s que nous avons rencontré.e.s pour alimenter ce tome 2 de notre hors-série sur l’habitat autonome nous laissent entrevoir une autonomie joyeuse.

La fierté de produire sa propre énergie renouvelable pour chauffer son habitation et d’utiliser l’eau dont la nature nous fait directement cadeau, le soulagement de faire disparaître les factures, l’émerveillement de travailler de concert avec le soleil, les arbres, la pluie, les cours d’eau et le vent pour limiter nos impacts sur la planète… Une fois la table retournée et les pages de ce magazine grand ouvertes, le paysage paraît bien moins sombre.

Qu’elle concerne nos consommations électriques et nos manières de bâtir – que détricote le tome 1 paru à l’automne dernier – ou qu’elle s’attelle au chauffage de nos logements, à nos usages de l’eau et à la gestion des déchets que nous rejetons au quotidien – qu’explore ce nouvel opus –, l’expérience de l’autonomie amène à nous réapproprier nos vies tout en les ouvrant à ce qui nous entoure ; éléments, animaux, végétaux, humains. Et à conquérir une indépendance dont les grands groupes industriels ont voulu nous persuader que nous étions incapables.

Les sirènes de la surconsommation et du capitalisme débridé semblent alors bien dérisoires face à la douceur de vivre. Simplement.

Le gros lot ne se gagne pas en jouant au Loto, mais à l’autonomie.

Éditorial publié dans le hors-série n°12 du magazine La Maison écologique, “Cap sur l’autonomie – Tome 2”.


Rénover : Trucs et astuces d’un chantier d’initiés

Rénovation performante

Une rénovation performante

Cette rénovation était le quatrième chantier de Christine et Didier. Un recul qui leur a fourni une boîte à outils débordant d’ingéniosité et de bon sens. Ce qui leur a permis de changer cette vieille maison de Vic-en-bigorre (65) en un cocon adapté à leurs besoins, performant et confortable.

Après avoir mené les travaux de leurs trois précédentes maisons, Didier Garnung et Christine Laizay étaient rodés pour optimiser leur nouveau domicile, maison en pierre de 1936 à Vic-en-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Leur longue expérience et les acteurs professionnels et associatifs dont ils ont su s’entourer leur ont ouvert les portes d’une rénovation performante, pleine d’ingéniosité et de bon sens.

Pour le choix du terrain, « on avait cinq critères : être proche d’un centre-ville, disposer d’un garage, d’un point d’eau pour arroser le jardin, alimenter les toilettes, etc., qu’il y ait des arbres déjà grands », liste l’ancienne institutrice. « Quand on achète une maison à 60 ans et qu’il faut planter des arbres, il ne feront pas d’ombre avant qu’on ne puisse plus en profiter… », souligne le prof de technologie. Cinquième critère, auquel ils ont dû renoncer : le plain-pied, « même si du point de vue écologique, il est préférable d’avoir un cube comme celui-ci qu’un plain-pied étalé ».

Le premier projet prévoit d’abattre toutes les cloisons du rez-de-chaussée. « Mais on n’est plus tout jeunes, il était intéressant de garder la possibilité de ne vivre qu’en bas en y laissant une chambre et une salle de bains, soulignent-ils. Si on supprimait le couloir, où placer le canapé ? Dans l’entrée ? » Cela aurait aussi contraint à positionner la cheminée au milieu de la pièce, obligeant à « tout casser pour créer un nouveau conduit alors qu’il en existait deux ». Du point de vue énergétique, « l’ancienne cuisine transformée en buanderie sert de tampon thermique au nord ».

Des portes qui claquent

Le volet énergétique du chantier a été réfléchi avec l’Écocentre Pierre et Terre, dans le Gers, qui a accompagné le couple dans le diagnostic thermique du bâtiment et les préconisations d’amélioration. Les menuiseries extérieures ont été remplacées par du double vitrage sur mesure, fabriqué en chêne par un artisan local.  […]

 


52 éléments atomiques dans votre poche !!

que trouve-t-on dans un smartphone ?

Le saviez-vous ? La moitié du tableau de Mendeleïev se trouve certainement dans votre poche…

Billet d’humeur de Thierry Salomon

initialement paru dans La Maison écologique n°101

A part quelques irréductibles lecteurs résistant encore et toujours à l’empire GAFA (Google-Amazon-Facebook-Apple), vous avez sans doute, comme moi, un smartphone dans votre poche. Bien sûr, comme moi, vous ne pouvez plus vous en passer, trouvant formidablement pratique cette version contemporaine du couteau suisse à la fois agenda, accès Internet, GPS, réveil-matin, caméra, partenaire aux échecs (toujours bon perdant), voire sablier numérique pour œufs à la coque. Ah, j’oubliais : notre smartphone sert parfois à téléphoner, antique survivance du siècle précédent quand le phone était télé mais pas encore smart.
Mais, pour fabriquer notre doudou numérique, ce bijou de technologie dont un Terrien sur trois est déjà équipé, il a fallu utiliser un nombre considérable de substances chimiques différentes, la plupart du temps sous forme d’alliage complexe, d’encre métallique (comme le nickel sur les boîtiers) ou pour « doper » les transistors.
Une pertinente étude menée par la branche « Système extractif » de l’association Ingénieurs sans frontières a tenté de comptabiliser le nombre d’éléments atomiques figurant dans un smartphone standard. Le résultat est édifiant : nous trimbalons dans notre poche environ 52 éléments atomiques différents, soit la moitié du fameux tableau de Mendeleïev !
Or, la plupart de ces éléments se trouvent dans la nature à une teneur extrêmement faible. Pour les extraire, il faut découper, exploser, concasser, transporter et traiter des quantités considérables de sol. La teneur de l’or, par exemple, est de l’ordre d’1 à 2 g par tonne de roche aurifère.
Mais une teneur aussi faible ne décourage nullement l’avidité de l’industrie minière. Ainsi, une entreprise russo-canadienne propose de venir extraire l’or en Guyane non pas dans les alluvions des cours d’eau, mais en découpant littéralement le sol de la forêt. Ce projet nommé « La Montagne d’or » – c’est beau comme du Picsou – consiste à creuser une fosse de 2,5 km par 500 m sur… 400 m de profondeur afin d’extraire à l’explosif 400 millions (!) de m3 de roches pour, après traitement au cyanure, obtenir 85 tonnes d’or. Cela reviendrait à creuser le 3e arrondissement de Paris sur une profondeur supérieure à la hauteur de la Tour Eiffel !
Ce n’est pas tout : ce projet consommerait 20 MW d’électricité 24 h sur 24, 7 jours sur 7 et impliquerait plusieurs millions de rotations d’énormes camions entre la fosse d’extraction et l’usine de traitement, ruinant à l’évidence tout objectif sérieux de réduction des gaz à effet de serre en Guyane.
Mais, objecteront certains, il nous faut bien de l’or pour nos précieux smartphones et, plus généralement, pour les besoins de l’industrie. Eh bien c’est faux : 160 000 tonnes d’or ont déjà été extraits du sol de la Terre, dont environ 20 % végètent à l’état de lingots dans les coffres des banques centrales. Inutile de continuer à l’extraire en amputant de façon irréversible une forêt amazonienne aussi vitale à la qualité de notre atmosphère que nos poumons pour respirer.
« La Montagne d’or » est donc l’un de ces méga-projets bien plus qu’inutiles : irresponsable.
Et ce cher La Fontaine, qui ne connaissait pas la luxuriante nature guyanaise mais très bien la nature humaine, en avait écrit par avance la fable :
Il crut que dans son corps elle avait un trésor
Il la tua, l’ouvrit et la trouva semblable
à celles dont les œufs ne lui rapportaient rien
S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
(La Fontaine, La Poule aux œufs d’or)

 

Pour aller plus loin :
Pétition internationale contre le projet « Montagne d’or » : http://bit.ly/2wHfiBO
Le dossier d’Ingénieurs sans frontières : www.isf-systext.fr/node/968