Coronavirus : comment les professionnel.les de l’écoconstruction s’organisent-ils pour travailler pendant le confinement ?

Coronavirus : comment les professionnel.les de l’écoconstruction s’organisent pour travailler ?

Comment faire face à l’arrêt ou à la forte diminution de son activité pendant la crise actuelle du Coronavirus ? Dans le secteur de l’écoconstruction, architectes et artisans jonglent entre chômage partiel, télétravail et reprise inquiète des chantiers.

Enquête de Nolwenn Weiler – 14 avril 2020

Au cours des premières semaines de confinement dû au Coronavirus, la quasi-totalité des chantiers de construction se sont arrêtés. Avant de reprendre (timidement) suite à la publication d’un « guide de bonnes pratiques ». Ce dernier liste les conditions requises pour pouvoir relancer un chantier*. Mais, sur le terrain, la situation reste confuse tant la théorie semble éloignée de la pratique. Premier exemple : le convoyage des ouvriers sur les chantiers, censé respecter les fameux « un mètre de distance minimale » entre salariés. Problème : les véhicules de chantier ne contiennent souvent qu’un, voire deux rangs… Certaines entreprises ont décidé de multiplier le nombre de véhicules, afin que chaque salarié soit seul au volant. Sans garantie, à ce stade, que les surcoûts engagés leur seront un jour remboursés.

* En savoir plus sur le Guide des bonnes pratiques à destination des professionnels du bâtiment : Lire l’analyse de deux avocates et l’avis du conseil des architectes.

Des tests pour garantir la santé des salariés face au Coronavirus

Autre souci : les conditions de travail sur chantier. « Comment fait-on pour tousser dans son coude quand on porte une charge lourde ? », interroge Sara Grégoire, architecte, actuellement en télétravail. « À part les plombiers et électriciens qui peuvent travailler dans leur coin, on a toujours besoin de travailler en équipe, ajoute Fabrice Hilaire, qui dirige Mélèze, entreprise de fabrication et de pose de poêles de masse. Quand on livre un poêle chez un client, on est collés l’un à l’autre pour tirer dessus. Et on a intérêt, sinon on n’a pas assez de force pour qu’il avance ! »

Pour le moment, ses huit salariés sont au chômage technique. « J’attends des dirigeants politiques qu’ils nous donnent des instructions claires, précise Fabrice Hilaire. Là, cela reste très contradictoire. Par exemple, si vous ne pouvez pas travailler à plus d’un mètre de distance, il faut que vous mettiez un masque. Par contre, ils ne nous disent pas où on le trouve, ce masque. »

Aucune information, non plus, sur d’éventuelles aides à l’achat de masques pour faire face au Coronavirus. « Je pourrai garantir la santé de mes salariés, dont je suis responsable, uniquement si je dispose de tests », ajoute l’entrepreneur. Pour le moment, seules les personnes qui présentent des symptômes de la maladie vont être testées. C’est ce qu’a annoncé le président de la République lors de son allocution du 13 avril 2020.

Les mois à venir encore plus incertains

Plusieurs professionnels s’accordent pour dire que les mois de mars et avril ne seront pas les pires, côté comptabilité. « Ça va aller, puisque nous avons le paiement des factures des mois précédents qui vont tomber, explique Sara Grégoire. Le problème sera pour après. En mai, juin et juillet, le contrecoup risque d’être rude. » D’autant que pour les indépendants comme Sara, aucun revenu n’est garanti en cas de baisse d’activité pour garde d’enfants causée par la pandémie de Coronavirus. L’architecte est maman de deux enfants qui sont à la maison 24h/24 depuis un mois et dont elle s’occupe seule. « C’est une période pendant laquelle on n’est pas très efficace, constate-t-elle. À la fin de la troisième semaine, j’ai calculé que j’avais fait le travail de deux jours en temps habituel ! C’est un peu déprimant. »

Fabrice Hilaire confirme que les vraies difficultés arriveront avec l’été. « Commercialement, cela ne s’est pas complètement arrêté, détaille-t-il. On a une grosse baisse du côté des nouveaux dossiers, mais ce qui était lancé continue. On peut faire face à la période, d’autant que les banques ont repoussé le remboursement de nos prêts. Et que le chômage partiel permet de continuer à payer les gars. Mais la question est : comment va-t-on ressortir de tout ça ? Je ne vois pas pourquoi on ne serait pas impactés par l’effondrement de pans entiers de l’économie. »

Des banques pas toujours coopératives

Pour certains travailleurs indépendants, la chute de revenus est déjà là. Michelle Delorme, spécialiste en peintures naturelles, est habituée à sillonner le pays pour travailler. « Je n’ai pas d’endroit où me loger pour effectuer mes chantiers, déplore-t-elle. Tous les logements, hôtels ou chambres chez l’habitant sont à l’arrêt, ou réservé.es au personnel soignant. » Auto-entrepreneuse, Michelle Delorme a signé un prêt personnel pour s’équiper en matériel. Elle n’a donc droit à aucun coup de pouce de la part de sa banque. « Elle m’a proposé de repousser mes remboursements de trois mois, avec une pénalité de 4 % d’intérêt pour chaque mois non payé ! Je trouve ça honteux ! »

Pour pallier cette absence de revenus, Michelle propose des livraisons de peinture à domicile. Et des conseils en décoration par téléphone. « Les gens m’envoient des photos, je les rappelle. Ils me paient en ligne. »

« Les professionnels de l’écoconstruction auront peut-être plus leurs chances au sortir de cette période de confinement, termine Sara Grégoire. L’écologie apparaît comme une question centrale. Et l’importance d’être bien chez soi, aussi. »

 

A noter : la rédaction de La Maison écologique poursuit cette enquête et publiera dans son édition n°118, à paraître fin juillet, un article complet sur la situation de la filière écoconstruction en France face à la crise sanitaire.

 


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L’habitat face à l’effondrement

l'habitat face à l'effondrement

Pour rendre le confinement et sa sortie plus vertueux, ouvrir les possibles, vous inspirer et vous évader hors de vos quatre murs, La Maison écologique publie en accès libre une grande enquête sur l’habitat face à l’Effondrement (c’est de saison, non ?)

N’hésitez pas à partager avec vos proches pour leur donner de bonnes idées pour l’Après !

 

L’habitat face à l’Effondrement

La notion d’habiter face à la théorie de l’effondrement ou des effondrements (collapsologie) dépasse la simple construction d’un abri. Elle questionne un mode d’occupation de la terre et la relation à autrui. Vous y découvrirez également comment un ancien Ministre a organisé son logis pour survivre à l’Effondrement…

Découvrez en accès libre cette enquête parue début février 2020 dans notre magazine La Maison écologique n°115.


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Coronavirus : comment continuer à s’approvisionner en écomatériaux ?

Coronavirus : comment s'approvisionner en écomatériaux ?

Secteur « non essentiel », les magasins qui fournissent des matériaux de construction sont, pour la plupart, fermés au public à cause du coronavirus Covid-19. Il reste néanmoins possible de s’approvisionner en ayant recours aux livraisons, ou au « drive ».

Enquête de Nolwenn Weiler – 7 avril 2020

Avec l’épidémie de coronavirus, la plupart des distributeurs d’écomatériaux ont fermé boutique. Au cours des premières semaines de confinement, seuls les professionnels avaient le droit de venir retirer des marchandises en magasins. Toutefois, les particuliers pouvaient se faire livrer. Cependant, la donne a un peu changé le 24 mars dernier, avec la publication d’un décret qui autorise les magasins de bricolage à rester ouverts. Mais, dans la pratique, la plupart des enseignes préfèrent éviter d’ouvrir, pour mieux protéger leurs salariés et leurs clients.

« Les professionnels peuvent venir retirer les marchandises en prenant rendez-vous, explique Guillaume Rouaud, du magasin Logisain (Loire-Atlantique). Les devis et questions se font par téléphone ou par mail. Pour les particuliers, la livraison est obligatoire. » Yanic Noël, du réseau Ecobâti, ajoute: « Nous organisons des livraisons en France et en Belgique via tous nos magasins. Uniquement en livraison pour les particuliers. En livraison et retrait sur place pour les professionnels. »

Des conditions de livraison très strictes

Avant d’être livré, il faut s’assurer que les conditions sont réunies pour que cela se fasse sans danger face au risque de transmission du coronavirus. Ainsi, Jean-François Bébin, de la société Eko etik (Ille-et-Vilaine) y est particulièrement attentif. « La semaine dernière, j’ai livré des plaques de Fermacell à Hirel, non loin du Mont-Saint-Michel. J’ai demandé au client de me déposer une palette à l’extérieur et de ne pas être présent. J’ai tout déchargé tout seul, puis je suis reparti. » Jean-François Bébin prend ces mêmes précautions anti-coronavirus quand il confie les livraisons à un transporteur. « Je vérifie que le livreur va réellement pouvoir décharger seul, pour éviter les contacts avec les clients. Est-ce que l’accès le permet ? Est-ce qu’il pourra se servir de son chariot élévateur ? Je cadre ça très clairement avec les gens. »

« Il est très important de nous confier uniquement les commandes pour lesquelles les gens ont l’assurance qu’elles peuvent être réceptionnées. Toutes les marchandises ne pouvant être livrées nous seront automatiquement retournées », avertit de son côté Marie Cargueray, du Pôle habitat écologique, situé à Baud (Morbihan). « Les livraisons peuvent avoir un léger retard par rapport à d’habitude et le changement, c’est l’impossibilité de choisir la livraison en point relais », précise Manon Clabaut, du réseau Kenzaï. Côté transporteurs, « des frais supplémentaires s’appliquent en raison du manque de personnel ». Quand ce sont les distributeurs qui assurent eux-mêmes les livraisons, un système de forfait kilométrique est proposé, avec parfois des tarifs dégressifs selon la quantité de marchandises commandées. Il arrive aussi que les distributeurs passent directement par les services de livraison des fabricants de matériaux.

Le drive se généralise face au coronavirus

Autre option : le « drive ». Il permet de venir récupérer son matériel préalablement préparé en magasin. Ainsi, « il est possible de venir chercher sa commande en “retrait” en ayant au préalable passé commande sur le site Internet, explique Manon Clabaut, du réseau Kenzaï. Nous appelons le client quand la commande est prête, avec une date de rendez-vous. Lorsqu’il vient la chercher, la commande est isolée. De cette façon, le client est seul pour charger dans son véhicule (aucun contact avec le personnel). Toutefois, si besoin, notre préparateur (équipé d’un masque) peut aider à charger avec le chariot ». « Nous déposons les matériaux façon drive à l’extérieur du magasin, en respectant une zone de sécurité stricte », expliquent les gérants du magasin parisien Bien être et matériaux. Comme l’arrêté du 24 mars autorise l’ouverture des magasins de bricolage, il faut cocher la case ” achat de produits de première nécessité ” sur l’attestation de déplacement dérogatoire.

Autre option, le groupement d’achat

Enfin, à noter : l’organisation toute récente de groupes d’achats spécialisés en écoconstruction par le réseau Twiza (pour l’instant plutôt orientés photovoltaïque, chauffe-eau solaire et poêle de masse – pas d’isolant). Ce dernier propose en temps « normal » des informations diverses pour les autoconstructeurs et une mise en relation avec des volontaires aux chantiers participatifs. Du côté des grandes enseignes de bricolage, la situation est assez inégale face au coronavirus. Certaines – pour le moment peu nombreuses – ont décidé d’ouvrir. Mais d’autres se concentrent sur le système du « drive » et la livraison à domicile. Toutes espèrent que le décret du 24 mars va permettre de relancer une activité en berne depuis le début du confinement.

« Certaines personnes sont réellement impatientes d’avoir des matériaux, termine Jean-François Bébin. Mais la plupart des gens sont plutôt compréhensifs. En général, ils acceptent de faire une pause dans leurs chantiers et se disent qu’ils décaleront, c’est tout. Un chantier, très objectivement, c’est rarement vital. Et si on a deux ou quatre mois de retard à l’échelle d’une vie, c’est quand même faible, non ? »

 


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DIY – Des tutos offerts pour bricoler sainement

tutos DIYs offerts

Des tutos DIY (tutoriels de bricolage) en accès libre pour que la période du grand chamboulement serve aussi à bricoler sainement et pourquoi pas avec vos enfants… Yourte en bambou, enduit décoratif à base de terre et chaise d’enfant en bois de récup’ sont au programme.

N’hésitez pas à partager ces articles avec vos proches pour qu’ils puissent aussi s’occuper utilement durant le confinement !


Tuto n°1 : Une chaise Lama pour enfant

Actuellement dans les kiosques, le cahier pratique bricolage du magazine La Maison écologique n°116 présente un pas à pas pour Fabriquer une chaise lama pour enfant.

Fabriquer une chaise d'enfant

Cette chaise, issue d’une réflexion sur le mobilier menée au sein du CAUE des Côtes-d’Armor depuis plus de dix ans, invite à se réapproprier la fabrication d’un objet du quotidien.

 

    • Outils et matériaux : planches de bois, vis, perceuse-visseuse
    • Coût : 30 €
    • Durée : 40 min

Tuto n°2 : Une FlexYourte en bambou

Pour construire un abri léger et nomade, pourquoi ne pas craquer pour le bambou ?

DIY - Construire une FlexYourte

C’est ce que l’on vous propose dans ce cahier pratique de cueillette Ma flexYourte en bambou. Paru dans notre hors-série Cap vers l’autonomie – tome 1, cette fiche pratique réalisée avec l’aide de l’association Tit’B Libres présente un modèle de yourte pliable de 2,60 m de haut pour 3,60 m de diamètre une fois installé et seulement 2,15 m de haut et 60 cm de diamètre en format plié.

    • Outils et matériaux : bambou, corde, fil de fer, pinces, scie, perceuse
    • Coût : 23 à 230 € (selon possibilité de récup’)
    • Durée : 3 à 4 jours

Tuto n°3: Sgraffito, une déco pour ses enduits

Employée depuis des siècles partout dans le monde, la technique du sgraffito crée un effet décoratif par le grattage d’une couche de surface pour faire apparaître une couche sous-jacente de couleur ou de texture différente.

DIY - Décorer son enduit avec le sgraffito

L’article Le sgraffito, grattage gagnant a été publié dans notre magazine La Maison écologique n°111.

 

  • Outils et matériaux : terre argileuse prête à l’emploi ou tamisée et testée « maison », malaxeur, platoir, taloche, lisseuse, spatule
  • Coût : 0 à 128 € (selon achat ou non d’enduit terre prêt à l’emploi)
  • Durée : 10 h

 

 

 


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Les trois magazines dans lesquels sont parus les articles ci-dessus sont disponibles à la vente en format papier ou numérique. Le magazine La Maison écologique est par ailleurs disponible tous les 2 mois en kiosque, magasins bio ou sur abonnement.