Vue d’ailleurs : Un écovillage autonome en eau et en électricité

Un écovillage autonome en eau et en électricité

Un écovillage autonome

Il y a dix ans, neuf familles ont acheté un grand terrain dans l’ouest du Pays de Galles pour y construire un hameau expérimental totalement écologique et sans utiliser le réseau d’eau et d’électricité. Pari réussi.

Dans le Pembroshire nord, se trouve un petit hameau très particulier. Pour y pénétrer, il faut rouler un bon bout de temps dans la campagne galloise où l’on ne croise guère que des moutons paissant dans de vertes vallées, à perte de vue. Une fois dans le petit village de Glandwr, un portail flanqué
d’un menhir indique : Écovillage Lammas. C’est ici, dans un espace de plus de 30 ha, que vivent dans des habitats écologiques neuf familles qui n’utilisent ni le réseau d’eau, ni celui d’électricité. Cet endroit est l’aboutissement d’un projet pionnier au Pays de Galles, entamé en 2009.

À l’époque, les futurs habitants de l’écovillage ont obtenu un permis de construire sur un terrain agricole. Une première. Le gouvernement gallois lançait alors la One Planet Development Policy, politique visant à réduire l’impact carbone dans les zones rurales en rendant certaines terres agricoles constructibles à condition que les futurs habitants aient un réel projet durable et écologique. Il s’agit en quelque sorte d’un contrat passé entre les habitants et le gouvernement, qui les oblige à vivre en utilisant les ressources d’une seule planète. Aujourd’hui, dans le pays, 41 habitations ont pu accéder à un permis de construire dans le cadre de la politique bas carbone du gouvernement.

Chaque année, les foyers doivent présenter un rapport aux autorités locales, qui détaille ce que les habitants ont obtenu de leur terre : production d’électricité, quantité de nourriture récoltée, etc.

« L’idée de départ des Lammas était de donner à chacun l’opportunité de construire sa propre maison en pleine nature grâce à la nouvelle politique du gouvernement, raconte Cassandra, qui vit dans le hameau avec son mari Nigel et ses trois enfants. Cela changeait radicalement la façon dont les gens pouvaient demander un permis de construire. Et c’était surtout bon marché. »

De fait, acheter une maison au Pays de Galles coûte très cher. Les neuf familles du village Lammas se sont partagé l’achat du terrain d’un montant total de 175 000 livres sterlings (197 600 €). Ensuite, il ne restait plus qu’à construire leurs maisons. Cassandra et Nigel ont déboursé 10 000 livres sterlings (11 278 €) pour bâtir la leur.

Des visiteurs du monde entier

La maison du couple ressemble à celle d’une famille de Hobbits avec sa forme ronde, sa chaux rose et son toit végétalisé.

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Autoconstruire : Changer de vie, viser l’autonomie

changer de vie

Pour Philippe et Amélie, leur maison en paille et terre est plus qu’une première expérience réussie et une belle aventure de chantier participatif. C’est aussi la concrétisation d’un changement de vie vers plus d’autonomie.

Dans un petit village du Réolais, à 75 km de Bordeaux, la maison de Philippe et Amélie passe presque inaperçue depuis la petite route qui sinue entre les vignes et les champs. Un terrain en pente, « pas le plus séduisant mais irrigué par trois sources », foisonnant de ronces et d’arbustes variés, orienté sud. Ici, tout a été pensé selon les principes de la permaculture. Pour Philippe, « conscient que tout allait mal sur la planète sans savoir comment y remédier », le déclic a lieu en 2010, lors d’une courte formation à cette philosophie découverte via le mouvement Colibris de Pierre Rabhi. « En fin de stage, raconte-t-il, c’était une évidence : quitter mon travail  de salarié dans l’informatique depuis 20 ans, m’installer avec ma famille dans un lieu aménagé en permaculture, construire une maison en terre et paille et vivre le plus en autonomie possible. » Pour passer le cap financièrement, le couple vend sa voiture et sa maison à ossature bois, tout juste livrée par un constructeur ! Alors qu’Amélie conserve son travail de chargée de mission dans une association d’aide aux créateurs et repreneurs d’entreprises, Philippe se forme en enchaînant les chantiers participatifs. Un périple de deux ans et demi, riche en rencontres et inspiration. Il peaufine ainsi petit à petit leur propre projet de construction en paille et terre. La technique de la cellule sous tension (CST), accessible techniquement aux autoconstructeurs, est retenue. Autres souhaits du couple, l’ancrage de la maison grâce à des fondations cyclopéennes, faites de pierres et de chaux, et la création d’un hérisson ventilé au lieu d’un vide sanitaire.

Chantier participatif XXL

Pour trouver le terrain qui réponde à la longue liste de critères établie – parmi lesquels la présence d’argile (pour la construction) et la desserte d’une gare pour se rendre à Bordeaux en moins de 45 min –, il faut au couple pas moins de 18 mois. S’ensuivent cinq refus des banques avant d’obtenir le prêt de 35 000 € pour acheter la parcelle convoitée de 1,4 ha. « Le problème n’était pas notre solvabilité, mais la prise de risque puisqu’il n’y a pas d’hypothèque possible en autoconstruction, explique Philippe. Certaines banques exigeaient l’intervention de cinq corps d’état dans la construction ! » L’acte de vente enfin signé en juin 2014, le couple donne le coup d’envoi d’un vaste chantier participatif, qui durera près de deux ans et demi (avec une pause de cinq mois lors de l’emménagement). « C’était
logique pour moi de transmettre ce que j’avais reçu. On a accueilli au total 250 bénévoles, de tous âges et de tous horizons », se souvient l’autoconstructeur. Logées sur place dans des caravanes, un kerterre ou encore une yourte, jusqu’à 15 personnes simultanément prêtent main-forte à Philippe, qui, par sécurité, fait appel à des professionnels pour trois postes : les plans de la charpente et l’escalier, la plomberie et l’électricité.

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Autonomie face au Monopoly

Hors-série n°12 du magazine La Maison écologique consacré à l'autonomie en eau et en chauffage

Et si on renversait la table ? Vu de sous la nappe, le point de vue pourrait être bien différent de celui véhiculé par le vacarme ambiant. Loin d’un repli sur soi, loin d’une vie en marge de la société, loin d’un refus de l’altérité et du vivre-ensemble, loin de l’égoïsme qu’on leur prête volontiers, loin de la petite goutte insignifiante dans cet océan de torpeur, les foyers autonomes que nous avons visités et les habitant.e.s que nous avons rencontré.e.s pour alimenter ce tome 2 de notre hors-série sur l’habitat autonome nous laissent entrevoir une autonomie joyeuse.

La fierté de produire sa propre énergie renouvelable pour chauffer son habitation et d’utiliser l’eau dont la nature nous fait directement cadeau, le soulagement de faire disparaître les factures, l’émerveillement de travailler de concert avec le soleil, les arbres, la pluie, les cours d’eau et le vent pour limiter nos impacts sur la planète… Une fois la table retournée et les pages de ce magazine grand ouvertes, le paysage paraît bien moins sombre.

Qu’elle concerne nos consommations électriques et nos manières de bâtir – que détricote le tome 1 paru à l’automne dernier – ou qu’elle s’attelle au chauffage de nos logements, à nos usages de l’eau et à la gestion des déchets que nous rejetons au quotidien – qu’explore ce nouvel opus –, l’expérience de l’autonomie amène à nous réapproprier nos vies tout en les ouvrant à ce qui nous entoure ; éléments, animaux, végétaux, humains. Et à conquérir une indépendance dont les grands groupes industriels ont voulu nous persuader que nous étions incapables.

Les sirènes de la surconsommation et du capitalisme débridé semblent alors bien dérisoires face à la douceur de vivre. Simplement.

Le gros lot ne se gagne pas en jouant au Loto, mais à l’autonomie.

Éditorial publié dans le hors-série n°12 du magazine La Maison écologique, “Cap sur l’autonomie – Tome 2”.


Reportage : autonome en eau et en chauffage en Touraine

autonome en eau et en chauffage

Je m’assume jusqu’au traitement de mes excréments

En Touraine, Jean Luc a bâti en paille sa maison de 25 m2 autonome en eau et en chauffage. Il gère aussi lui-même ses eaux usées grâce à une épuration par bacs plantés de végétaux. Et il compost le contenu de ses toilettes sèches pour enrichir le jardin.

Pour Jean-Luc Desplat, autoconstruire sa maison visait à « matérialiser ce qu’est l’esprit paysan ; faire avec ce qu’il y a. Au moindre coût, à proximité ». Ainsi, la paille qui compose les murs, le toit et le sol vient du champs d’en face, cultivée par ce paysan- boulanger de 60 ans. « Sois sans temps », sourit-il. Le bois vient de la scierie de Chambourg-sur-Indre, à 7 km. Il a creusé ses propres terres pour en extraire le sable et l’argile qui forment les enduits. « Ils n’ont fait que 100 m pour atteindre le chantier », se réjouit Jean-Luc, qui a choisi de végétaliser le toit pour « rendre à la terre ce que tu lui prends en espace quand tu construis un bâtiment ». Rendre à la terre, c’est aussi le principe de son assainissement par phytoépuration.

 


Eautonomie : pomper l’eau avec une éolienne



Quand le vent ne pompe pas l’air…mais l’eau

Pomper l’eau sans électricité. La technique n’est pas nouvelle et les éoliennes jalonnent déjà les champs pour alimenter le bétail en toute autonomie. Mais ces moulins à vent modernes peuvent aussi servir à des usages domestiques.

Philippe Girbal a réalisé « Le rêve de [s]a vie » À 51 ANS en installant dans son jardin une éolienne de pompage comme celles utilisées pour abreuver le bétail. « L’eau arrive sans que je fasse quoi que ce soit, sans électricité. De nos jours, l’eau arrive sous pression dans le réseau, c’est formidable, mais vous devez toujours payer. » Son éolienne Oasis lui a été livrée en 2002 en pièces détachées par Ecolab Énergies, pour 2 638 €(1). Elle mesure moins de 12 m « pour ne pas avoir besoin de permis de construire. J’ai juste déclaré le forage à la mairie ». Philippe l’a érigée « avec quelques amis et un matériel de fortune ». D’abord pour remplir une piscine et une réserve pour son potager. Elle devrait bientôt alimenter les toilettes, avec un réservoir de 100 l dans les combles « et une distribution par circuit différencié. Je reste branché au réseau public pour avoir de l’eau même si l’éolienne lâche. L’opération devrait coûter 1 000 € avec un bon plombier ».

 

 


Eautonomie : pomper et filtrer l’eau

pomper et filtrer l'eau

Pomper et filtrer l’eau jusqu’à boire la tasse

Une fois l’eau captée et stockée, reste à l’acheminer jusqu’à chez soi et la filtrer suivant les usages souhaités. Plongée dans le monde merveilleux de l’autonomie aquatique.

Capter l’eau, c’est fait. La stocker, c’est fait. Maintenant, il va falloir pomper ! Rares sont les cas où l’eau arrive par gravité dans toutes les pièces humides de la maison comme c’est le cas pour Côme et Gwendoline Dessaux. Pour les projets d’autonomie en eau, l’arrivée d’eau principale du logement est souvent alimentée par une pompe électrique immergée, qui refoule l’eau jusqu’au bout du conduit, ne provoque aucun bruit dans l’habitation lors de la mise en route et évite le risque de gel. « Une pompe de surface, quant à elle, aspire l’eau avant de la refouler et n’est pas à l’abri d’un désamorçage », commente Emmanuel Toitot, installateur gérant de Toitot maison autonome et vivante. Si c’est l’option choisie, la pompe doit être placée dans un local technique, où elle entraînera des nuisances sonores. Avantage : son accessibilité facilite l’entretien. Ces pompes sont moins chères mais d’une durée de vie moins longue.

Une pompe achetée en magasin de bricolage pour 200 € à 400 € risque de peu durer. Mieux vaut un modèle professionnel (pompe-direct.com par exemple ou magasins spécialisés) qui coûtera 600 € à 700 €.


Eautonomie : capter et stocker l’eau

capter et stocker l'eau

Tous à l’eau… de chez soi !

Verre d’eau de pluie ou verre d’eau du jardin, faites votre choix! Eaux pluviales, puits, source… tour d’horizon des solutions pour capter et stocker l’eau en toute autonomie.

Excepté en montagne, il devient rare de trouver de l’eau à l’état naturel non polluée. L’eau d’adduction subit de nombreux traitements (tamisation, oxydation, clarification, filtration, désinfection, dépollution…) destinés à lui faire respecter des limites microbiologiques et chimiques définies par la loi et à lui faire atteindre un certain niveau de qualité. Mais les dérogations délivrées par la préfecture aux collectivités sont nombreuses… Par ailleurs, certains pesticides pourraient être des perturbateurs endocriniens actifs à des doses très faibles. Les normes ne tiennent pas non plus compte de l’effet cocktail de certaines molécules, ni des conséquences de nouvelles substances encore à l’étude, comme les résidus médicamenteux.

 


Reportage : autonome en bois de chauffage

autonome en bois de chauffage

Notre combustible pousse dans le jardin

Vanessa et Nicolas alimentent un poêle bouilleur avec le bois que leur offrent les arbres de leur terrain.

Combien nous coûte notre chauffage ? Un peu de carburant, beaucoup d’huile de coude et une chaîne de tronçonneuse de temps en temps. »

En rénovant cette vieille longère, Vanessa et Nicolas ont atteint l’autonomie en chauffage grâce à leur 8 ha de terrains.

Une bonne partie est en zone humide ou consacrée aux 1 000 poules pondeuses de Vanessa, mais les parcelles boisées suffisent amplement à alimenter le poêle bouilleur qui a remplacé les anciens radiateurs électriques et permet même de produire l’eau chaude sanitaire. Ajoutez des éclairages 100 % LED, un lave-linge à double entrée raccordé directement au chauffe-eau solaire sans avoir besoin d’utiliser sa très énergivore résistance électrique et vous obtenez ainsi une facture d’électricité de « 35 € par mois, dont 20 € d’abonnement, se réjouit le couple. C’est valorisant de constater que ta consommation équivaut à 25 % de la moyenne indiquée par EDF pour un foyer équivalent en taille et en nombre d’habitants! ».

En outre la corvée de bois est loin de les effrayer. « Ça défoule », sourit Vanessa. Un merlin à la main, elle assomme ses coins à bûches jusqu’à avoir le dernier mot. « Le fendage, c’est l’exutoire. Si tu es en colère, tu vas fendre deux ou trois bûches, tu reviens calmé. »

Autre avantage : « Le bois te chauffe trois fois. Quand tu le coupes, quand tu le fends et quand tu le mets dans le poêle.»

 


Reportage : construction passive

construction passive

Habitat bien pensé moins chauffé

De l’architecture de la maison à ses équipements, en passant par sa structure et son isolation, il est possible de jouer sur bien des postes pour se rapprocher de l’autonomie en chauffage. En la matière, la construction passive est un vivier de bonnes idées.

Imaginé en Allemagne à la fin des années 1980, le modèle de la maison passive, prend de l’ampleur. En effet, en France, on estime à 3 000 le nombre de ces bâtiments.

Le concept repose sur trois objectifs : consommation d’énergie de chauffage inférieure à 15 kWh/m².an, étanchéité de l’air à 50 Pa inférieure à 0,6 vol/h, énergie totale inférieure à 120 kWh/ m².an. La méthode, pour y arriver, consiste à « maximiser les apports solaires et réduire au plus bas les déperditions thermiques », résume Jean-Claude Tremsal, président d’honneur de la FFCP. Les matériaux ayant gagné en accessibilité, il est plus aisé de construire passif aujourd’hui. Pour autant, pas facile pour un particulier. En effet, les critères sont plus atteignables sur de gros bâtiments et dans les régions à l’apport solaire important. En outre, le niveau de technicité est élevé. « Réaliser une maison passive en autoconstruction me semble difficile, poursuit l’expert. Pour l’enveloppe, on peut y arriver, mais le système de ventilation pose des difficultés même aux professionnels. »

 


Autonomie et chauffage au bois

chauffage au bois

Le bois, champion de la chaleur renouvelable

Energie écologique, facilement disponible et bon marché, le chauffage au bois est une des meilleures solutions. Poêle de masse, poêle bouilleur ou cuisinière… la palette des équipements est large. Comment se repérer parmi toutes les options pour devenir le plus autonome possible ?

Le chauffage, l’eau chaude sanitaire et la cuisson représentent 80 % des besoins énergétiques d’un foyer(1). Une ressource renouvelable, locale et économique peut répondre à ces trois postes : le bois. Même si le coût des appareils est parfois plus onéreux que celui de solutions fossiles, le prix du combustible et sa stabilité entraînent des retours sur investissement rapides : 4 ans pour un poêle bouilleur autoconstruit, jusqu’à 8-10 ans pour une chaudière à bois déchiqueté. Pour le bois bûche (50 cm), compter 3,5 c€/ kWh de PCI(2), contre 8 c€/kWh pour le fioul et 16 c€/ kWh pour l’électricité(3). Les granulés (7 c€/kWh) conviennent à qui cherche le confort de l’automatisation ou possède un petit espace. En outre, pour l’autonomie, mieux vaut éviter produits manufacturés et appareils nécessitant un apport électrique. Et disposer d’un endroit sec pour stocker le bois et d’huile de coude pour la manutention.

Alors, poêle à convection, à hydro-accumulation dit « bouilleur », de masse, rocket stove, chaudière, quel appareil choisir ?