Construire : Terre crue porteuse d’avenir

Terre crue porteuse

Passionné.e.s par la terre crue et désireux.ses d’en illustrer la mise en œuvre en structure, Anne et Simon ont imaginé leur construction Ornaise autour de six poteaux porteurs en bauge.

Après des études à Paris d’ingénieur respectivement en thermique et en structure du bâtiment, Anne Lequertier et Simon Martin se sont orienté·e·s vers l’écoconstruction en se spécialisant au Greta de Coutances, dans la Manche. La construction de leur maison allait leur permettre de perfectionner leur savoir-faire tandis qu’il.elle.s créaient leur entreprise artisanale dans l’habitat naturel (Les Guêpes maçonnes).

Résidant alors à Caen, Anne et Simon explorent le bocage bas-normand pour y poser leurs valises et s’installent finalement à Taillebois (61), en Suisse normande. « On s’intéressait beaucoup à la terre depuis que Simon avait passé un an en Inde dans une agence d’architecture spécialisée en terre crue, raconte Anne Lequertier. On voulait montrer que la terre en structure porteuse de bâtiment, ça peut fonctionner. » Convaincu.e.s que « les matériaux locaux sont l’avenir de la construction », les deux jeunes artisan.e.s placent également la paille au cœur de leur projet, « d’où l’idée d’une maison avec des poteaux porteurs en terre, entre lesquels on placerait l’isolation en bottes de paille ».

Le chantier, principalement mené en autoconstruction, démarre en septembre 2013. Anne et Simon s’y consacrent au maximum en réduisant leur activité professionnelle. Landry Daviaux, tailleur de pierre et maçon décorateur, ainsi que la coopérative des Chantiers de demain sont sollicités pour renforcer l’équipe. Les fondations en pierre et le soubassement en briques monomur (recouvert d’un parement en pierres maçonnées) sont érigés en deux mois. Les pierres utilisées proviennent de maisons démolies et sont fournies par le terrassier du village, auprès de qui Anne et Simon obtiendront également la terre nécessaire pour la suite de leur chantier.

Terre crue, tu veux être mon poteau porteur ?

Six poteaux en terre crue de 60 cm d’épaisseur (7 t chacun) soutiennent la charpente de la maison. Ils sont posés directement sur les soubassements, dont les arases sont plus hautes en face extérieure. Ces imposants piliers adoptent une forme de L aux quatre coins, tandis que les deux positionnés au milieu des longueurs du bâtiment sont en forme de T. Anne et Simon ont choisi la bauge, une technique locale traditionnelle de construction en terre crue, pour réaliser ces poteaux porteurs. « Nous avions écarté la mise en œuvre sous forme de pisé, elle pose des problèmes en cas de pluie sur le chantier. »


Territoire : maison du Parc naturel marais du Cotentin et du Bessin

maison du parc naturel marais du cotentin et du bessin

Une vitrine pour la terre crue.

La preuve par l’exemple. C’est le dessein de la maison du Parc naturel marais du Cotentin et du Bessin. Située dans la Manche et inaugurée en 2016 : un long pan de mur en bauge*. Les nombreuses personnes empruntant la route départementale qui longe le bâtiment peuvent d’ailleurs l’apercevoir. Preuve que cette technique inscrite dans l’histoire locale conserve tout son intérêt et qu’elle peut être mise en oeuvre pour des bâtiments accueillant du public et dans un style contemporain.

La promotion en actions.

Si les Parcs naturels régionaux (PNR) ont longtemps abordé la question du bâti essentiellement sous l’angle patrimonial, en proposant des conseils d’architectes pour la rénovation ou l’entretien, le PNR des Marais du Cotentin et du Bessin a pris un train d’avance dans le domaine de la construction écologique depuis 2008.


Rénovation d’une étable en maison passive

Terremite est un projet de transformation d'une étable en bauge en habitat écologique.

Depuis un an près de Rennes, en Bretagne, une étable en bauge de la fin du 19ème siècle se mue petit à petit en une habitation écologique et saine, visant le standard du passif. Isolation thermique par l’extérieur (ITE) en bottes de paille insérées dans une ossature bois, étanchéité à l’air combinant enduits chaux et terre et film frein-vapeur, apports solaires grâce à une baie vitrée orientée sud et VMC double-flux sont au programme de ce chantier d’auto-rénovation. Côté gestion de l’eau, le projet de rénovation prévoit toilettes sèches, phytoépuration, récupération et filtration des eaux de pluie pour la consommation.

Terremite est un projet de rénovation d'une étable en bauge en habitat écologique.

Ce projet a été baptisé Terremite, associant le mot Terre (en référence à la planète à préserver, à la terre nourricière et à celle qui constitue les murs de cette future habitation), la lettre M de “maison” et le sigle ITE correspondant à l’isolation thermique par l’extérieur utilisée. “Termite évoque aussi un insecte social qui bâtit de très jolis abris en terre”, lit-on sur le site Internet du projet.

Terremite est un projet de rénovation d'une étable en bauge en habitat écologique.

Les travaux se font durant la semaine, quand les enfants sont à l’école, grâce à une activité professionnelle réduite à quelques semaines par an. Le chantier doit durer plusieurs années. Mi-mars 2016, les propriétaires autoconstructeurs ont déjà préfabriqué des caissons d’ITE botte de paille pré-enduits à la terre et viennent de percer les ouvertures du bâtiment en bauge. Pour permettre aux internautes de suivre ce chantier d’habitat écologique, les propriétaires autoconstructeurs postent régulièrement des nouvelles de son avancée, étape par étape, sur leur blog.

Crédit photos : Terremite