Billet d’humeur : Messire frère Soleil

Réacteur soleil

Vous, les écolos, vous êtes contre le nucléaire par pure idéologie ! » Des ayatollahs verts, en somme, comme vient de l’écrire un avocat devenu ministre, empêtré dans la glu d’intempestives provocations.

Contre le nucléaire, moi ? Mais non, voyons. Je suis au contraire pour augmenter très fortement sa part dans notre mix énergétique. Mais attention : pas avec n’importe quel nucléaire…

Je suis pour un nucléaire inépuisable à l’échelle humaine, totalement sans risques, distribuable sur toute la planète sans lignes à haute tension. Gérant tout seul ses déchets. Et absolument gratuit à la production.

Une verte et ayatollesque utopie ? Eh bien non. Un tel réacteur fonctionne depuis 4,5 milliards d’années et va continuer au moins autant. Il n’est pas à proximité de millions de personnes ainsi exposées à un risque industriel majeur, mais sagement situé à 150 millions de kilomètres. Il n’est pas réservé à quelques pays, mais disponible partout sur Terre. Il ne délaisse pas derrière lui des déchets hautement toxiques pour des millénaires, il les autoconsume. Et, sympa, il n’envoie pas de facture…

Le réacteur Soleil, puisqu’il s’agit bien sûr de lui, écrase donc toute concurrence. Or, curieusement, le nucléaire terrestre est toujours considéré par quelques influenceurs (supposés infaillibles puisque certains ont fait « Polytechnique ») comme LA solution à nos problèmes énergétiques. Les mêmes nous font miroiter le projet de réacteur à fusion nucléaire, ITER, qui consiste en toute modestie à « recréer le soleil sur Terre ». Pas pour demain, mais au mieux pour la fin du siècle, donc bien trop tard face à l’urgence énergétique et climatique. Et en construisant la bouilloire la plus complexe que l’homme ait jamais inventée pour, au final, produire banalement de la vapeur d’eau.

Rivaliser avec le Soleil ! L’astre doit bien se moquer de notre humaine prétention, lui dont la puissance est de 386 x 1015 GW, soit un million de milliards de fois supérieure à celle de toutes les centrales nucléaires existantes sur Terre (362 GW). Lui qui ne met qu’une seule seconde pour produire l’équivalent de notre actuelle consommation d’énergie durant un million d’années ! Chaleureux soleil grâce à qui la température moyenne sur Terre est tempérée à 15 °C et non réfrigérée à – 18 °C. Et généreux soleil dont le rayonnement permet la photosynthèse, cette géniale alchimie, ce graal solaire assurant la croissance des plantes, des fleurs et des arbres. C’est-à-dire – excusez du peu – la permanence de toute notre alimentation et la beauté de notre planète bleue.

Le Soleil, c’est la Vie. À Assise, en Italie, un vieux sage l’avait compris qui, à la veille de sa mort, rendit au Soleil un splendide hommage […]


Billet d’humeur : Vive l’extinction des éléphants blancs !

éléphant blanc

À la veille de la naissance de Bouddha, sa mère, la reine Mâyâ, fit selon la tradition hindouiste un rêve étrange où lui apparut un éléphant blanc. Bien que très rares, les éléphants albinos, blancs des pattes au bout de la trompe, existent bel et bien et ce rêve royal les a sacralisés et dotés de pouvoirs magiques. Dès lors, la possession d’un éléphant blanc fut un symbole de souveraineté, l’apanage des seuls rois et princes et un présent de très grand prestige, comme celui que le calife abbasside Hâroun ar-Rachîd offrit en l’an 802 à l’empereur Charlemagne.

Mais la générosité royale cachait parfois une intention moins bienveillante, car l’éléphant blanc pouvait s’avérer un cadeau empoisonné. D’essence divine, il était interdit de le faire travailler. Un prince recevant le précieux pachyderme devait donc l’entretenir et le nourrir sans qu’il ne lui rapporte la moindre roupie. Or, un éléphant, ça mange énormément et ça vit fort longtemps, épuisant peu à peu les ressources des princes peu fortunés et accroissant ainsi la puissance du malin donateur.

Puis, les éléphants blancs ont muté et sont devenus aujourd’hui le symbole de tous ces grands projets avides de magnificence mais dont l’exploitation se révèle, une fois la fête finie, aussi inadaptée que ruineuse. Éléphant blanc, l’aéroport andalou de Central-Ciudad Real, capable de recevoir des Airbus A380 et conçu pour accueillir 7 millions de passagers par an. Victime de la bulle spéculative immobilière, il a été fermé au bout de trois ans et vient de rouvrir fin 2019 pour accueillir – quel symbole ! – une base de démantèlement d’avions.

La France aussi a son éléphant blanc

Éléphant blanc, le gigantesque centre commercial South China Mail s’étendant sur 66 ha : neuf ans après sa création, seuls 10 % des 2 350 boutiques prévues s’y sont installées. Éléphants blancs aussi, les sept stades monumentaux construits au Quatar pour le futur Mundial qui ne serviront que le temps de quelques matches.

La France n’est pas en reste avec un éléphant blanc volant, le Concorde. De 1959 à 2003, le superbe et dispendieux oiseau aura coûté 20 milliards d’euros, soit 5000 € par passager ! Notre pays dispose aussi d’un éléphant blanc nucléaire, l’EPR de Flamanville, à l’accouchement aussi interminable que générateur de surcoûts abyssaux.

Mais, depuis quelques années, le tour de magie des superlatifs n’opère plus, suscitant même une opposition tenace. Ainsi, les projets d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, du méga-centre commercial EuropaCity et de la désastreuse mine de la Montagne d’or en Guyane sont tous trois abandonnés. […]


Terrasses chauffées – La France plus forte que le Qatar !

parasol chauffant sous les feux de la rampe

Au Qatar, lors des derniers Mondiaux d’athlétisme, le stade Khalifa de Doha était climatisé. Une gigantesque enceinte à ciel ouvert, sous un soleil de plomb et 40 °C à l’ombre, une invraisemblable gabegie énergétique. Ah, ces Qatari et leurs fichus pétro-dollars ; pas chez nous qu’on ferait d’aussi extravagants gaspillages…
Vraiment ? De plus en plus de terrasses de cafés et brasseries sont chauffées en hiver, attirant une clientèle ravie d’échapper aux rigueurs hivernales. Attardons-nous sur l’une d’entre elles, chauffée au gaz propane. 5 m de large sur 15 m de long, munie de cinq braseros chauffant chacun 15 m2, astucieusement nommés par leur fabricant « parasol chauffant ». Des parasols… Sous le bitume, la plage, une douce chaleur bienfaisante. On en commanderait presque un Pastis en se tartinant de crème solaire !

Installons-nous en terrasse et sortons les calculettes

Chaque parasol-brasero délivre une puissance thermique de 8 kW. Supposons que l’établissement les mette en marche de mi-novembre à mi-mars, de 8 h à 22 h, soit durant 14 h par jour, et qu’en moyenne ils rayonnent à 75 % de leur puissance maximale. Quelle est la consommation en propane de cette plage aux parasols… pardon, de cette terrasse chauffée ?
Réponse : 50 400 kWh par hiver, avec en prime 13,7 t de gaz carbonique émis dans l’atmosphère* ! L’équivalent des émissions d’une berline neuve roulant 122 000 km, trois fois le tour du globe terrestre à l’équateur. Gloups… Le café-croissant a soudain un méchant goût de carbone.
Mais, objecterez-vous avec raison, certaines villes ont interdit l’emploi du gaz en terrasse. Transportons donc notre terrasse à Paris, où les édiles ont voté une telle interdiction dans un règlement définissant l’usage des 22 000 terrasses, vérandas et contre-terrasses parisiennes, symboles s’il en est du charme de Paname. Ici, pas de braseros au gaz, mais dix rampes murales à infrarouges rayonnant chacune une puissance de 2 kW. Pour un même type de terrasse et d’utilisation, la consommation électrique hivernale s’élève à 25 200 kWh. Soit la consommation annuelle en électricité (hors chauffage et eau chaude) de neuf familles ou en énergie primaire… 1 000 kWh/m2** ! Et si la moitié des terrasses de Paris sont pareillement chauffées, leur consommation électrique hivernale est égale à celle des habitants de deux arrondissements de la capitale pendant un an…

Petits joueurs…

Petits joueurs, finalement, les stades climatisés du Qatar face à nos fières terrasses chauffées made in France. Alors, faut-il résolument les interdire ? Oui, à l’évidence. Mais ce serait, pour une municipalité, renoncer à de juteuses surtaxes frappant les cafés ; pour les cafés, voir fuir les clients fumeurs ; pour les fumeurs – qui sont aussi électeurs –, l’occasion de dénoncer avec virulence l’écologie punitive de la municipalité.
Chacun se tenant ainsi par la barbichette, que faire ? Prendre acte que réchauffer l’air d’une terrasse en hiver est tout aussi aberrant que de climatiser un stade à ciel ouvert. Courageusement, interdire toute terrasse chauffée comme déjà à Rennes ou bientôt à Namur.
Et être un peu sobre et malin : distribuer aux clients de jolis plaids en pure laine, comme sur le pont d’un transatlantique. Avec, pourquoi pas, une option « king size » pour couple d’amoureux, afin que la terrasse frisquette devienne délicieusement brûlante !

 

Billet d’humeur de Thierry Salomon
paru dans La Maison écologique n°115, sortie en kiosques fin janvier 2020

* 14 h x 120 j x 5 braseros x 8 kW x 75 % = 50 400 kWh. Le propane émet 271 gCO2/kWh. émission moyenne voiture neuve en France en 2018 : 0,112 kgCO2/km.
** Consommation électrique spécifique d’un ménage : 1 250 kWh/pers x 2,3 pers = 2 875 kWh/an. Consommation énergie primaire/m2
de terrasse chauffée : 25 200 kWh x 2,58/75 m2 = 867 kWh(ep)/m2.an avec un coef Ep/Ef réglementaire de 2,58 et 1 008 kWh(ep)/m2.an en prenant un coef Ep/Ef de 3,0 plus proche de la réalité.


Billet d’humeur : l’effet papillon

effet papillon

Elles ont résisté à plus d’un millénaire de guerres, de révolutions et de vandalismes, aux tempêtes et à la foudre. Lors de leur mise en place vers 1160 sur la première charpente au-dessus du choeur, les plus vénérables poutres en chêne de la « forêt » de Notre- dame-de-Paris étaient déjà âgées de deux ou trois cents ans. Elles ont donc survécu près de dix millions d’heures. Le feu les a  réduites en cendres en cent minutes, nous laissant stupéfaits face à l’impensable destruction que notre moderne technologie pensait à jamais impossible. Or, l’impensable, l’impossible peut survenir par oubli de deux paramètres essentiels, tous deux ignorés des savants calculs et des complexes algorithmes : l’effet papillon et le facteur PFH.


Billet d’humeur : invisibles

pollutions invisibles

Si la pollution ne se voit pas, pourquoi se gêner ?

Avant la prophylactique invention du préfet Poubelle en 1884 et l’imposition du tout-à-l’égout dix ans plus tard, nos villes étaient de peu ragoûtants cloaques aux pollutions visibles et malodorantes. Témoin de cette époque, le ruisseau qui traversait la ville de Montpellier porte ainsi le nom très explicite de Merdanson. Depuis, l’homme moderne est propre sur lui, sent bon et ne jette plus ses déjections par les fenêtres. On pourrait donc le croire vertueux. Tout faux. Nous restons, comme le héros de Reiser, de gros dégueulasses doublés de fieffés hypocrites. Si la pollution ne se voit pas, pourquoi se gêner ? 75 ans après la commercialisation du DDT en 1943, ses invisibles successeurs ont imprégné les sols et l’eau de toute la planète.


Billet d’humeur : Greta graine de contestataire

contestataire

C’est une belle histoire, l’une de celles qui nous confirment que la vérité sort bien de la bouche des enfants, ou plutôt des jeunes filles. L’héroïne est une minuscule gamine de 15 ans qui en paraît 12 avec sa petite bouille ronde, ses deux tresses blondes et son air de lutine évadée d’un conte des frères Grimm. Greta Thunberg a la blondeur suédoise et va sagement à l’école comme toutes les Greta de son âge. Mais, cet été 2018, la Suède est confrontée à l’impensable : une canicule exceptionnelle, avec plus de 32 °C au cercle polaire. Le marqueur d’effrayants bouleversements climatiques.

 


Billet d’humeur : Terre-Serre

Terre-Serre

Nous sommes tous des Saint-Thomas ; pour croire réellement au changement climatique, il nous faut des stigmates. Des stigmates visibles, pas de savantes interprétations ni courbes énigmatiques. À ceux qui s’interrogent encore, je conseille de rendre visite à un vrai stigmate, spectaculaire et facile d’accès par chemin de fer : la mer de glace à Chamonix. Dans l’escalier qui descend depuis la gare de Montenvers jusqu’à une grotte aménagée sous le front de glace, des plaques indiquent le niveau du glacier ces dernières décennies. Et là, le choc. À la plaque 1990, il reste encore une trentaine de mètres à descendre. La formidable mer de glace s’évapore, laissant de tristes rochers à marée basse. Tout l’été, d’autres stigmates ont meurtri la Terre.


Climatiseur: sommes-nous accros ?

Climatiseurs aux fenêtres de Marseille.

Et s’il faisait encore plus chaud avec la clim’ ? Derrière son effet rafraîchissant, le climatiseur est en réalité une des raisons du réchauffement climatique par sa consommation d’électricité, ses rejets de gaz à effet de serre, sa contribution aux îlots de chaleur… L’Homo climatisis serait-il accro?

 

Billet d’humeur de Thierry Salomon
Article initialement paru dans La Maison écologique n°106
Retrouvez ses brefs « tweets d’humeur » sur @ThierrySalomon

Chaque matin, pour aller au bureau, Homo climatisis prend sa voiture. Il est assez fier de sa très classieuse couleur noire et du vitrage panoramique du toit. Le noir absorbe la chaleur et le toit vitré laisse généreusement entrer les rayons du soleil. Mais qu’importe, la clim’ tourne en permanence.

Homo climatisis travaille toute la journée au siège climatisé de son entreprise. Immenses baies vitrées symbolisant la transparence de sa société où il travaille en chemise longue, veste et cravate en toute saison.

Le soir, Homo climatisis retrouve sa voiture. Une demi-heure pare-chocs contre pare-chocs, la clim’ à fond. Avec juste un arrêt dans un supermarché au rayon des produits exotiques arrivés par transports réfrigérés de l’autre bout du monde.

Le biotope où habite Homo climatisis est une villa climatisée. La grande véranda plein sud laisse abondamment entrer le soleil mais la clim’ veille, compensant toute surchauffe. Le bonheur, c’est simple comme quelques degrés en moins. Pourquoi s’en priver ?

Un climatiseur pour deux Terriens

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Billet d’humeur : Homo climatisis

Homo climatisis

Chaque matin, pour aller au bureau, Homo climatisis prend sa voiture. Il est assez fier de sa très classieuse couleur noire et du vitrage panoramique du toit. Le noir absorbe la chaleur et le toit vitré laisse généreusement entrer les rayons du soleil. Mais qu’importe, la clim’ tourne en permanence. Homo climatisis s’affaire toute la journée au siège climatisé de son entreprise. Immenses baies vitrées symbolisant la transparence de sa société où il travaille en chemise longue, veste et cravate en toute saison.

Le soir, Homo climatisis retrouve sa voiture. Une demi-heure pare-chocs contre pare-chocs, la clim’ à fond, avec juste un arrêt dans un supermarché au rayon des produits exotiques arrivés par transports réfrigérés de l’autre bout du monde.


Billet d’humeur : transport maritime et pollution

transport maritime et polution

Fluctuat nec… mer pas pure

Délaissant quelques jours votre maison écologique, que diriez-vous d’une croisière à bord d’un palace flottant ? Farniente, soleil et évasion, la mer qu’on voit chanter le long des golfes clairs, enfin l’air du large, enfin de l’air pur ! Et bien non, loupé : sur le pont de ce type de navire, la concentration en particules ultrafines peut être 50 à 100 fois supérieure aux concentrations estimées comme admissibles pour la santé humaine. Le responsable ?Un redoutable tandem, l’oxyde de soufre (SOx) et l’oxyde d’azote (NOx) qui résultent de la combustion du fioul alimentant en énergie moteurs et groupes électrogènes.