Rénover : Restaurer et expérimenter éternellement

Restaurer et expérimenter

J’ai acheté en 1980 ce petit bordage Sarthois du XVIIIe siècle. Il était en ruines ! Mais avec 3 000 m2 de terrain dans un paysage superbe, j’ai réalisé un vieux rêve : vivre et me nourrir en harmonie avec les lieux.

J’étais fauchée et pas bricoleuse. Je traduisais les textes de hippies autoconstructeurs américains pour un groupe d’architectes pionniers de l’habitat bioclimatique. Alors, quand j’ai vu cette maison exposée au sud, avec une soupente au nord, j’ai immédiatement pensé cellier, « espace tampon ». Elle était à moitié effondrée ? J’ai pensé jardin d’hiver assorti d’un sauna. Idéal pour requinquer le bricoleur courbatu et
chauffer la pièce adjacente…

Un bordage est une maison de métayer construite avec les moyens du bord : les pierres et l’argile des champs alentour, de la paille, de la bouse de vache, les arbres des taillis… En 1980, parler bioclimatisme et écoconstruction vous faisait immédiatement passer pour un·e allumé·e ! Le premier maçon consulté méprisa mes idées : il fallait remonter les murs en parpaing, bétonner les sols et isoler les murs en sandwich de polystyrène. Je me suis donc lancée dans l’autoconstruction. Je ne savais rien faire ? J’apprendrais. Cette maison avait été construite « au juger », on la restaurerait pareil. Je devins la première femme adhérente des Castors de l’Ouest de mon secteur. Coup de chance, la responsable à Tours était aussi une femme, précieuse alliée m’offrant un vrai service d’assistance technique.

Arpenter, photographier, réfléchir… agir

Une maison paysanne est une maison sombre et souvent cloisonnée en pièces disparates, au fil des modifications étalées sur des décennies. Au début, j’étais perdue, je n’y comprenais rien. J’ai commencé par relever le plan des bâtiments, faire des photos de chaque bâtisse, puis de chaque pièce, à des moments précis – tôt le matin et en fin d’aprèsmidi en hiver, midi en été. L’idée : repérer la course du soleil, sa pénétration dans les pièces. L’emplacement des réseaux a aussi été photographié au moment des travaux, une précaution dont je me félicite aujourd’hui.

Nous avons aussi beaucoup étudié les maisons semblables avant de créer de nouvelles ouvertures. Nous avons établi un classement des travaux prioritaires. Première étape : refaire le toit et les planchers qui s’étaient effondrés. Par souci d’économie, nous avons fait appel à
un artisan qui nous acceptait comme « arpette » : découvrir, porter les matériaux, clouer les liteaux, tailler des tuiles selon ses prescriptions… Dans un premier temps, on a recouvert la maison avec des tuiles anciennes prélevées sur la grange voisine, couverte provisoirement avec des tôles bitumées. Une erreur ! Si


Construire : La sobriété énergétique au cœur du foyer

maison bioclimatique à faible consommation énergétique

Cette maison  bioclimatique à faible consommation énergétique, bâtie dans la Vienne, combine approche énergétique performante, conception bioclimatique, énergie renouvelable, production photovoltaïque et matériaux biosourcés.

Entre vivre dans une habitation ancienne énergivore ou dans une maison neuve bioclimatique, le match s’est joué sans états d’âme il y a neuf ans déjà. Hélène et Jacques Terracher délaissent alors leur vieille grange en pierre à Neuville-de-Poitou. Devenue trop grande une fois les enfants partis du nid familial, elle ne répond plus à leurs besoins. Guidés par leur instinct et leurs envies, ils se lancent dans un nouveau projet : la construction d’une maison bioclimatique à faible consommation énergétique, s’approchant au plus près des performances d’une maison passive.

Miser sur la qualité de vie

Hélène, présidente de l’Amap du Haut-Poitou, et Jacques, militant antinucléaire, ont découvert les grands principes de l’écohabitat au sein de l’Association pour la cohérence environnementale en Vienne (Aceve). Un mode de vie en accord avec leurs valeurs : concilier bien-être alimentaire et énergétique, urgence écologique et développement durable… Confié à l’architecte Jocelyn Fuseau, spécialiste du bioclimatisme passif et de l’écoconstruction, leur cahier des charges tient en deux mots : sobriété énergétique et qualité de vie.

Hélène et Jacques décrivent les grandes lignes de leur mode de vie et les exigences qui en découlent : un plan facile à vivre, de plain-pied, accessible aux personnes à mobilité réduite, car on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait, et la possibilité de loger famille ou amis dans une chambre réservée à cet effet. Le principe constructif est rapidement validé, une structure mixte en ossature bois revêtue d’un bardage en douglas non traité et en briques monomur au nord, recouvertes d’un enduit. La maison étant en secteur sauvegardé (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager), l’Architecte des Bâtiments de France imposait un enduit sur ce mur visible de la route, en toiture, des tuiles canal S d’aspect ancien, et des volets battants.

Un terrain pentu

Après avoir pris le temps de chercher le terrain idéal à proximité de Poitiers, leur choix se porte sur une parcelle d’environ 4 500 m2 à flanc de coteau, proche du centre-bourg d’un village du pays mirebalais. « Le terrain nous permettait d’orienter la maison au sud avec un angle à 30° pour capter le soleil sudest afin de bénéficier le plus possible des apports solaires, en particulier l’hiver », explique l’architecte Jocelyn Fuseau. Seule contrainte : le dénivelé du terrain en pente. L’étude géotechnique, indispensable pour chaque nouveau projet, a mis en évidence une qualité de sol médiocre. « Sur ce terrain en pente – un remblais géologique calcaire –, il a fallu asseoir la construction sur des puits de béton de 80 cm de diamètre à 3 à 6 m de profondeur, reliés par des poutres appelées longrines », explique Jacques Terracher.

Après plus d’un an de chantier, cette maison de 20 m de long sur 6 m de large tient toutes ses promesses.


Autoconstuire : la positive altitude

positive altitude

Un mètre de neige en hiver. Des étés chauds qui se concluent souvent par des épisodes cévenols au début de l’automne. Après quatre ans passés dans leur maison en paille perchée à 850 m d’altitude, Frédérique et Benoît savent que leur choix d’une construction bioclimatique était le bon. « Par des jours de beau temps en plein hiver, on n’a même pas besoin de chauffer la maison. Il y fait 22 °C sans problème grâce aux baies vitrées », apprécie Benoît.

Il y a dix ans, la famille quitte Paris pour les Monts de Lacaune. Reconversion professionnelle pour les grands (Benoît devient agriculteur et Frédérique, maîtresse d’école) et nouveau lieu de vie pour les enfants. À 8 ans, 6 ans et 1 an, Luca, Téo et Titouan découvrent les grands espaces.

 


Impression 3D : une maison biosourcée sort de terre

maison écologique en impression 3D crédit WASP

INNOVATION. Les maisons imprimées en 3D, on connaissait. Mais avec des matériaux écologiques comme la terre et le riz, c’est une première!

La maison construite grâce à l’ impression 3D existait déjà (voir dans La Maison écologique n° 105). Mais pas encore à partir de matériaux écologiques. C’est à présent chose faite, avec le projet Gaïa, mené par deux entreprises italiennes. Wasp, tournée vers l’impression 3D, en collaboration avec la start-up RiceHouse, spécialiste du bâtiment écologique.

Pour les murs de cette maisonnette bioclimatique expérimentale de 20 m2, bâtie en seulement quelques semaines, les concepteurs se sont inspirés de la structure des nids de guêpes. Ils ont utilisé un mélange de matériaux locaux : 25 % de terre extraite du site (30 % d’argile, 40 % de limon et 30 % de sable), 40 % de paille de riz, 25 % de balle de riz et 10 % de chaux hydraulique. L’isolation atteint un très haut niveau de performance, qui permet de se passer de chauffage et de climatisation. La toiture est en bois local.

Seules les fondations, en béton, alourdissent (un peu) l’excellent bilan carbone de cette réalisation. Et tout cela au prix imbattable de 900 € hors main d’œuvre. Reste à trouver des partenaires pour développer le projet.

crédit photo: WASP


Leur logis présage l’habitat de demain

habitat de demain

En arrivant au lieu-dit Lachat, on ne peut pas la louper. Avec ses larges baies vitrées, ses murs de terre et de bois et ses panneaux solaires sur le toit, la maison de Sophie et Damien affirme sa singularité. Bâtie au milieu de pavillons conventionnels, elle fait des envieux dans le quartier. Et pas seulement d’un point de vue esthétique… « Quand on compare notre facture de chauffage avec celle de nos voisins, on est content de notre choix, témoigne Damien. 120 € de granulés suffisent pour alimenter notre poêle et avoir chaud tout l’hiver avec deux enfants en bas âge, quand leur dalle chauffante ou leur pompe à chaleur engloutit près de 1000 € pour une surface équivalente ! C’est la différence entre une habitation en terre-paille bien orientée et une construction en parpaings-laine minérale mal positionnée. »

 


Autoconstruire à 72 ans

autoconstruire à 72 ans

Construire une maison est l’un des grands chapitres de la vie à deux. Lorsque Annie et Pierre ont commencé à cogiter sur leur projet, Pierre avait 71 ans. En pleine Drôme provençale, histoire de l’avènement de cette petite maison mûrement conçue et toute douillette.

Avec une ancienne maison à l’accès escarpé peu aisé pour Annie, il y avait longtemps qu’elle et son mari Pierre, aujourd’hui âgés respectivement de 82 et 80 ans, étaient à la recherche d’un nouveau lieu de vie. L’occasion s’est présentée avec leur fils aîné, Joël, guide de montagne et moniteur de parapente.


Innovation : Les bureaux Enertech et Izuba Energies

Les bureaux Enertech et Izuba Energies

Les immeubles de bureaux jouent collectif

Rêvés, conçus et construits par Enertech et Izuba Energies, qui en ont fait leurs sièges respectifs, dans la Drôme et dans l’Hérault, ces immeubles de bureaux aux performances exceptionnelles peuvent devenir des ensembles d’habitation, moyennant quelques modifications.

Ils proposent aussi des techniques d’écoconstruction transposables au logement. Niché dans un écrin de montagnes verdoyantes, le siège d’Enertech est un bâtiment de 620 m² de surface utile. Ainsi à terme, il accueillera des bureaux pour 35 salariés, avec la possibilité d’être un jour converti en six logements.


Construire en béton cellulaire

béton cellulaire

Un confort en béton cellulaire

Emilie et Guillaume ne sont pas des militants écologistes de la première heure. Pourtant la qualité de vie promise par les maisons bioclimatiques en béton cellulaire proposées par leur maître d’oeuvre les a séduits.

Au bout de deux ans de recherche Émilie Boudin et Guillaume Perrochon étaient las de ne pas trouver de maison à rénover. Ils  se résolvent alors à solliciter des constructeurs. Mais « les maisons ” traditionnelles ” qu’on nous a proposées ne nous plaisaient pas. Par l’intermédiaire d’un client de mon mari qui travaille dans les produits du BTP, nous avons rencontré Bâti concept écologique (B.C.E.).  Nous avons visité une de leurs maisons, raconte Émilie Boudin. J’ai tout de suite accroché avec la philosophie de l’entreprise et le style d’architecture : les grandes baies vitrées, les économies d’énergie, les menuiseries… Je connaissais bien le béton cellulaire car mon grand-père avait fait réaliser une extension avec ce matériau. Il en était très content et cela lui apportait un grand confort de vie. »


Extension et baies vitrées

extension et baies vitrées

Accueillir le soleil à baies ouvertes.

L’objectif de l’extension de cette ferme en pierre était on ne peut plus clair : faire place à la lumière. Incollables sur le bioclimatisme, Dominique et Patrick peuvent chanter à tue-tête : “laissons, laissons…entrer le soleil !

«Ne pas avoir assez de lumière, c’était notre hantise », se remémorent Dominique et Patrick, tombés sous le charme d’une maison largement exposée au sud. Les chiffres gravés dans un pignon font remonter à 1874 la construction de ce bâtiment en tuffeau typique du Sud-Touraine. « Les murs sont épais de 50 cm, ce qui offre un confort thermique relativement bon, mais ces maisons sont souvent sombres », souligne le couple. Le coup de foudre aurait-il déjà fait long feu ? Que nenni, ils trouvent rapidement la parade : « L’idée d’entourer une partie du bâtiment avec une extension, j’ai appelé ça le bonnet phrygien ! », rigole Dominique.

 


Billet d’humeur : Michel Gerber architecte bioclimatique

michel gerber

Le soleil, les vieilles pierres et l’architecte

Michel Gerber  vient de s’éteindre à 81 ans. Il rejoint ainsi Reiser au paradis de ceux qui ont ensoleillé nos concrètes utopies.

Dans les années 1970, l’habitat solaire se résumait le plus souvent à concevoir des maisons bardées de capteurs à eau disgracieux chauffant de complexes systèmes de stockage. Avec gourmandise, le dessinateur Reiser, génial et incisif admirateur des énergies renouvelables, en fit le constat hilarant dans un inénarrable dessin intitulé « Le solaire, c’est moche et ça marche pas ! ». Puis, vint l’architecture solaire bioclimatique. Avec elle, cette intuition géniale : inutile d’installer des équipements capteurs chers et complexes puisque la maison EST le capteur !