Avis d’expert-es : Bois énergie, une ressource durable ?

bois énergie

Au moment où le changement climatique rebat les cartes de l’exploitation forestière, peut-on encore considérer le bois énergie comme une ressource durable ? Peut-on conjuguer utilisation énergétique et biodiversité ?

Alors que les politiques publiques misent sur le développement du bois énergie(1), l’urgence climatique va-t-elle rebattre les cartes de la transition énergétique ? De nouvelles questions émergent : est-il préférable d’entretenir davantage la forêt pour adapter les essences au réchauffement et obtenir une forêt jeune, plus résiliente aux tempêtes, ou bien laisser vieillir les peuplements pour stocker du carbone ? Vaut-il mieux laisser les arbres sur pied  ou les utiliser en substitution de matériaux et d’énergies plus polluants ? Si, aujourd’hui, la forêt joue un rôle clé dans la transition vers l’après-pétrole, des associations écologistes s’inquiètent des dérives possibles.

Alors que la forêt française stocke 15 % des émissions du pays, la notion de « carbone neutre » selon laquelle l’arbre stocke autant de carbone qu’il en relâche à sa combustion est remise en cause. « Le problème est la temporalité, explique Sylvain Augerand, de l’association Canopée. Quand on coupe un arbre pour le brûler, on a une dette carbone. Un nouvel arbre met 50 ans à pousser, alors que c’est maintenant qu’il faut agir. »

La forêt peut-elle encore subvenir à nos besoins ?

Avec 16,8 millions d’hectares, la forêt française a de la ressource. « Même si, depuis cinq ans, la surface semble se stabiliser, ce n’est pas une tendance de fond. Avec la baisse de l’artificialisation et les friches agricoles, l’augmentation des surfaces devrait reprendre », juge Florent Malafosse, chargé de mission chez Solagro. Seuls 50 à 60 % de l’accroissement du volume de bois est prélevé. La ressource est bien présente, mais supportera-t-elle les prévisions du Plan national forêt bois et de la programmation pluriannuelle de l’énergie(2) ?

En 2016, tout usage confondu, 59,5 Mm3 de bois ont été prélevés. En 2026, l’objectif est de 71,5 Mm3, « sans entamer la pérennité de la forêt »(3). Bémol : « La mobilisation nécessite de poursuivre de manière soutenue la remise en gestion des peuplements forestiers, aujourd’hui surcapitalisés ou délaissés par leurs propriétaires. » Autrement dit, explique Mathieu Fleury, du Comité interprofessionnel du bois énergie (Cibe), « nos forêts sont vieillissantes et sous-exploitées. Il faut renouveler les essences et reboiser, naturellement ou par plantation ». Pour France nature environnement (FNE), qui s’est prononcée en faveur de ces chiffres en 2018, le contexte a changé. Adeline Favrel, chargée de mission forêt, justifie : « Avec la crise climatique, le dépérissement des épicéas dans l’Est à cause des scolytes et les sécheresses à répétition, ces chiffres sont dépassés. […]

 

1. La loi prévoit 38 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale de chaleur en 2030, contre 19 % en 2017.
2. www.ecologie.gouv.fr/programmationspluriannuelles-lenergie-ppe
3. Disponibilités forestières pour l’énergie et les matériaux à l’horizon 2035, IGN/FCBA/Ademe, 2016.


Enquête bois locaux : du bois bien de chez moi

bois locaux

Pour éviter des transports inutiles et polluants, le manque de traçabilité et de contrôle sur les modes de culture tout en favorisant l’économie et les savoir-faire locaux, construire avec du bois de proximité s’envisage sans grande difficulté.
« Le bois de construction importé provient principalement des forêts boréales et tropicales primaires dont la déforestation constitue une catastrophe écologique.

Maintenir des emplois.

Par ailleurs, favoriser l’approvisionnement local contribue à maintenir des emplois en milieu rural et à soutenir leur rémunération, tout en limitant le transport de matière première », soutient Élodie Roulier, du Parc naturel régional (PNR) des Pyrénées ariégeoises. La France regorge de bois locaux utilisables pour construire ou rénover. Encore faut-il les reconnaître et les dénicher.

Premièrement, « éviter les produits industriels, prêts à poser ou en matière composite, car ils ne s’accompagnent d’aucune traçabilité et, en général, au moins une partie des pièces est fabriquée avec des bois d’importation », avance la chargée de mission Forêt et filière bois du PNR. S’orienter plutôt « vers des scieurs de votre territoire, des artisans et des architectes et discuter avec eux pour confirmer qu’ils adoptent cette logique », ajoute son homologue au PNR du Massif des Bauges, Pierre Paccard, référent forêt à la Fédération des PNR de France.


Territoire : association koad an arvorig le bois d’oeuvre en circuit court

association koad an arvorig

Avec l’ association koad an arvorig. Le bois d’oeuvre roule en circuits (très) courts

Malgré leurs noeuds et leurs troncs parfois irréguliers, les arbres locaux peuvent avoir une valeur en bois d’oeuvre. C’est ce que défend l’association Koad An Arvorig. Créée par des professionnels bretons, notamment charpentiers, rompus à l’usage de ce matériau. « Cela ne fait pas longtemps que l’on fait venir du bois de l’autre bout de la France ou du monde pour monter des charpentes », glisse Jérôme Letur, scieur mobile et charpentier. « Dans la région de Toulouse, les charpentes sont traditionnellement en peuplier noir. Ailleurs, elles sont en chêne ou châtaignier, rappelle Jean-Luc Le Roux, charpentier et co-fondateur de cette association. Aucun trajet en camion ne vient plomber le bilan carbone de nos constructions. »


Bardeau, tavaillon, (re)découvrez la tuile de bois

portrait_de_tavaillonneur

Son métier est devenu rare. Alain Gimondi est “tavaillonneur”, à Foncine-le-Haut, dans le Jura. Grâce à lui, les maisons conservent leurs façades traditionnelles.

Traditionnellement, la fabrication des tavaillons était le travail des fermiers, en hiver. Pour une pose au printemps. Aujourd’hui, il ne reste qu’une poignée d’artisans à pratiquer ce métier. Alain Gimondi est couvreur-zingueur à la belle saison. Et tavaillonneur en hiver. Rencontre par France3 Franche Comté.

 

Alain, artisan tavaillonneur

Alain Gimondi est fabricant de tavaillons, ces lamelles d’épicéa utilisées pour couvrir et protéger les façades et toitures des maisons. Intervenants : Alain Gimondi, fabricant de tavaillons et Marie-Louise Muller, médiatrice à la Maison Michaud, écomusée paysan. Reportage pour France3 Franche-Comté : Lucie Thiery et Jean-Louis Saintain. Montage : Emmanuel Dubuis.


Construire en bois local

Construire en bois

Construire en bois, c’est bien. Employer des essences locales, c’est encore mieux.

Riche de la première forêt feuillue d’Europe, la France continue cependant d’importer massivement des résineux d’Allemagne et de Scandinavie pour la construction.

Un mouvement de relocalisation semble toutefois en marche : des maîtres d’ouvrage vont au bout de leur démarche écologique  en pariant sur des essences locales : hêtre, châtaignier, peuplier, etc.

Partons à la découverte de leurs réalisations.


Les essences de bois

bois locaux écologique

Les bois locaux pour construire et aménager de façon écologique.

Bonne capacité thermique et faibles émissions de gaz à effet de serre, matériau vivant et sensation de bien-être, le bois cumule les points forts dans la maison ! D’autant que cette ressource locale favorise l’emploi sur les territoires. Comment construire et aménager sa maison en bois de pays ? Quels sont les atouts des essences françaises ? Voyage au cœur de la forêt.