Alternative : Des bombes pour terrasser le bitume

bombes de graines

Des bombes de graines

LE RAYON DE SOLEIL QUI PERCE enfin les nuages d’un printemps capricieux sonne le début de l’assaut. Un bataillon d’une quinzaine de guérilleros s’infiltre dans les rues de Nantes (44). Dans leurs mains, de sombres projectiles en guise de munitions. Une lycéenne fait une halte, arme son bras et catapulte l’une de ces bombes.
La boule de terre s’écrase sur une esplanade dans un léger bruit sourd. Mission accomplie. Dans quelques semaines, des fleurs égayeront les lieux.

Guérilla urbaine

À la manœuvre pour cette opération stratégique de végétalisation de l’espace urbain, l’association Ecos. Son plan de marche : nature, art et pratiques de voisinage pour réenchanter la ville. Faille dans un mur défraîchi, fissure sur un trottoir, crevasse entre deux pavés, tout espace délaissé mérite son semis.

« J’aime que l’être humain participe au développement végétal, au même titre qu’un insecte pollinisateur, philosophe Florian Gadenne, artiste plasticien de 27 ans. C’est l’idée d’une contamination, mais connotée positivement. »

Tandis que deux quinquagénaires intro-duisent leurs bombes à retardement au pied des arbres qu’elles croisent, Florian part au ravitaillement.

« On mélange deux tiers d’argile naturelle avec un tiers de terreau, éventuellement avec du compost ou lombricompost, confie Brendan Le Vot, de l’association Mon Germe Monte (35). On ajoute une quinzaine de petites graines, puis on forme une boule qu’on laisse sécher 24 h pour qu’elle soit bien dure, donc facile à transporter dans la poche. Si on utilise de grosses graines, on en incorpore trois une fois la boule formée. »

L’argile bien sec permet de conserver les semences à l’état de graines. Une fois larguée dans la rue, l’humidité imprègne la bombe et les graines peuvent germer, en se nourrissant des engrais verts contenus dans le mélange. « L’argile en poudre est plus facile à mélanger avec le terreau », préconise à Villeurbanne (69) Lucille Potdevin, de Conscience et impact écologique, notamment sollicitée par des associations de quartier et maisons des jeunes et de la culture (MJC) pour amener les citoyens à se réapproprier l’espace public. « Cela fait prendre conscience des enjeux environnementaux et montre qu’on peut agir au quotidien avec de petits gestes qui ont un impact concret. »