Enquête : L’habitat face à l’effondrement…

l'effondrement

La notion d’habiter face à la théorie de l’effondrement ou des effondrements (collapsologie) dépasse la simple construction d’un abri. Elle questionne un mode d’occupation de la terre et la relation à autrui.

Au sommet d’une colline, une ferme écorénovée au milieu d’un jardin-forêt, un puits et des citernes de récupération d’eau de pluie. Le tout assure l’assouvissement des besoins primaires. Le monde peut s’effondrer, comme le prédit le livre de Pablo Servigne sur la table de chevet, à côté du fusil de chasse, votre BAD – base autonome durable – est prête. Bien. Et après ?

La théorie de l’effondrement, avec pour toile de fond la fin de la société thermo-industrielle, secoue les esprits depuis quelques années. Pour nombre d’adeptes plus ou moins fatalistes, il s’agit d’anticiper sa survie. Première étape : assurer de manière durable et autonome ses besoins en eau et alimentation. Mais cela est-il possible sans un toit sur la tête ? « Inenvisageable, répond Guy Tapie, sociologue de l’habitat, en rien collapsologue. Peu importe la société, les êtres humains ont toujours eu besoin d’un abri. » Aujourd’hui, l’habitat permet la construction identitaire, situe ses occupants socialement, géographiquement, culturellement. Il induit des notions de confort et de sécurité. Il permet aussi l’expression de notre individualité face au groupe constitué en société. Et demain, que sera-t-il ?

Construire et vivre

Dans la littérature « collapso », des thèmes abordent de manière générale une vie « post-pétrole » : exode urbain, permaculture, résilience, entraide, mutualisation… Sans proposer concrètement de solutions en termes d’habitat. Tapez ce mot-clé dans la barre de recherche du portail de la collapsologie, une base de ressources pour « faciliter la recherche citoyenne et académique sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle » : aucun résultat. Cherchez-le dans les groupes pro-collapso qui essaiment sur Facebook, il en sortira des préoccupations du type « que pensez-vous de l’habitat écolo-partagé ? » ou « quid des maisons passives ? »

Deux notions sont alors questionnées : la construction et le mode de vie. Deux notions indissociables, difficiles à définir de manière pérenne. Comme les conséquences des phénomènes de réchauffement climatique, de disparition de certaines ressources, d’une potentielle fin du système économique, des flux migratoires, etc. demeurent incertaines, l’adaptation de l’habitat l’est tout autant. Preuve à l’Institut Momentum, « laboratoire d’idées sur les issues de la société industrielle », où Christophe Laurens, architecte-paysagiste, se désole d’être « un des seuls à se préoccuper des manières d’habiter les surfaces de la Terre ».

Adapter le schéma actuel

Le premier à vanter son habitat « collapso » dans les médias est l’ancien ministre de l’Écologie Yves Cochet. […]

 

 


Effondrement et Silicon Valley…

Effondrement vu par les riches

Peut-être avez-vous eu l’occasion de visionner la série L’Effondrement*. Et vous êtes-vous dit que les réalisateurs avaient une imagination débordante. Rupture alimentaire, exil des riches, ruée vers les communautés rurales autonomes, guérilla civile pour l’accès à l’essence et aux denrées alimentaires… Vous avez cru à une blague du Gorafi quand on vous a raconté que des bunkers de luxe fleurissaient pour accueillir les milliardaires en cas d’apocalypse ? Et vous avez ri quand vous avez lu qu’un ancien ministre de l’écologie gardait précieusement deux chevaux de trait et une carriole pour se déplacer le jour où il n’y aurait plus de pétrole disponible (lire LME 115, p. 46 à 50) !

 
Avez-vous remarqué qu’on ne parle quasiment plus de développement durable. Trop gentillet. Et de moins en moins de transition. Trop tard ? La tendance est à la résilience. Comment rendre nos logements, notre territoire et notre société résilients face aux crises à venir : climatiques, financières, alimentaires… Bienvenue en 2020 !

On ne rigole plus de l’effondrement à la Silicon Valley…

Depuis quelques années déjà, des magnats de la Silicon Valley ne rigolent plus avec la fin du monde et s’y préparent très concrètement**, voire cyniquement… Pendant que le fondateur de Facebook se prévoit un avenir tranquille dans ses 280 ha de l’île de Kauia, non sans avoir essayé de faire annuler juridiquement des droits ancestraux de quelques Hawaïens sur ces terres, d’autres investissent dans des forteresses luxueuses aux coordonnées GPS secrètes*** ou achètent dans des terres reculées de Nouvelle-Zélande en conservant près d’eux un hélicoptère toujours prêt à décoller…
Alors un conseil. Si vous n’avez pas envie d’entendre leur cynisme, suivez les préconisations de notre dossier sur l’isolation phonique (p. 31) ! Et si vous vous questionnez sur les modes d’habitat face à l’effondrement, épluchez notre enquête p. 46. Mais pensez aussi à chercher l’inspiration dans des projets où l’humain et l’entraide forment un socle important (p. 12, 42, 62).

Et rira bien qui rira le dernier…

 
* Sur Canal+ et Youtube (chaîne Les Parasites), un épisode par mois depuis novembre 2019.
** Lire à ce sujet les articles de The Guardian « Why Silicon Valley billionaires are prepping for the apocalypse in New Zealand » et de The New Yorker « Doomsday Prep for the Super-Rich ».
*** Interview de Robert Vicino, créateur de The Vivos Project – Paris Match 21/12/2015 « Bunker pour milliardaires ».

Éditorial publié dans le magazine La Maison écologique n°115 à paraitre fin janvier 2020