Enquête : L’écoconstruction plus résiliente face au Coronavirus ?

ecoconstruction et coronavirus

La crise sanitaire inédite qui a saisi le pays en mars dernier n’a pas épargné les acteurs de l’écoconstruction. Mais l’activité, certes ralentie, ne s’est pas arrêtée et beaucoup de professionnel.les restent confiant.es en l’avenir.

Premier constat : le confinement a obligé tout le monde à décaler ses plannings, ou presque. Même les artisans qui ont continué leurs chantiers comme si de rien n’était ont accumulé un peu de retard. « Certains clients comprennent, d’autres pas, constatent plusieurs professionnels. Le problème, c’est qu’on sera toujours en retard dans trois mois… » En cause : l’arrêt quasi-total des chantiers pendant les quinze premiers jours du confinement, jusqu’à la fin du mois de mars. « La situation était confuse, rapporte François Glaizot, de l’Association régionale pour la promotion de l’écoconstruction (Arpe) Normandie. Et les instructions du gouvernement étaient contradictoires. » D’un côté, les citoyens étaient sommés de se confiner. De l’autre, s’ils travaillaient dans le bâtiment, ils étaient encouragés à aller travailler, alors que les fédérations du bâtiment réclamaient une suspension provisoire.

Le rythme des chantiers au ralenti

La publication, le 2 avril, d’un « guide de bonnes pratiques » par l’OPPBTP a (un peu) apaisé les craintes et les tensions, en listant les conditions requises pour pouvoir relancer un chantier. L’activité a donc repris, mais de façon très progressive. D’après la Fédération française du bâtiment (FFB), fin mai, 83 % des chantiers avaient repris. Mais seuls 52 % de ces chantiers « actifs » affichaient un niveau d’activité normal. « Les équipes ont été réduites pour respecter les gestes barrière et certains salariés ne pouvaient pas reprendre le travail, étant obligés de rester à domicile pour garder leurs jeunes enfants [les crèches et écoles n’ont rouvert que partiellement à partir du 11 mai, ndlr], précise Olivier Ferron, délégué général d’Abibois, l’interprofessionnelle bretonne du bois. Les personnes fragiles ne peuvent pas non plus reprendre le travail. » À ces arrêts et reprises timides s’ajoutent parfois des défauts d’approvisionnement, très inégaux selon les régions et les matériaux.

Avant de reprendre, les artisans ont dû envoyer leurs « plans de bataille » aux architectes, précisant les modalités prévues pour le respect des conditions sanitaires. Responsables de la sécurité sur les chantiers pour lesquels ils assurent la maîtrise d’oeuvre, les architectes donnaient ensuite leur feu vert, ou non, pour la reprise des travaux. « Pour eux, la période a été rude, avance un artisan. Ils ont dû revoir l’organisation de nombreux chantiers. » « Sur les gros chantiers, nous sommes souvent douze autour d’une table pour les réunions hebdomadaires, raconte Jean-Baptiste Thévard, de l’agence Accort-paille.


Enquête habitat léger : L’habitat léger sort du bois

Habitat léger

Écologique et économique, l’habitat léger sort de la marge et attire de plus en plus depuis 2010. La récente loi engagement et proximité barre pourtant le chemin. Pistes et stratégies pour obtenir ou “s’arranger” avec une autorisation en bonne et dûe forme.

Je vis en yourte dans cette forêt depuis douze ans. J’entends les feuilles glisser dessus. Je puise l’eau du ruisseau pour boire. Je coupe du bois pour me chauffer. Des panneaux solaires alimentent la lampe et la radio. J’ai prévenu la mairie à mon arrivée. Elle me tolère. Je suis intégrée, je me nourris des légumes du jardin de ma voisine en échange de travaux dans ses champs. Si on ne se laisse pas envahir par le monde, on est connecté ! », se réjouit Pimprenelle, 54 ans, habitante d’un bois du Tarn.

Un million de Français ont choisi l’habitat léger et réversible d’après les chiffres 2013 du ministère du Logement. La diversité des profils est vaste. Notre enquête révèle une majorité d’habitants très sensibles à l’écologie, voire survivalistes, éduqués, voire très éduqués, et socialement bien intégrés, avec emploi salarié ou activité indépendante. Les « petits habitats » eux-mêmes s’avèrent hétérogènes, de la yourte plutôt visible en campagne ou montagne à la tiny house urbaine ou péri-urbaine, en passant par la roulotte champêtre, le dôme et le zome architecturaux, la kerterre bretonne ou le tipi forestier.

On retrouve cette diversité dans les prix. Une kerterre peut s’autoconstruire gratuitement avec de la paille et de la terre, une yourte s’autoconstruit pour une somme modique ou s’achète autour de 3 000 € pour 20 m2. 15 000 à 25 000 € la roulotte de 18 m2 en bois, 13 000 € le dôme de 20 m2, 50 000 € la tiny de 20 m2. L’éventail fluctue suivant le constructeur, la taille, les matériaux, la part d’autoconstruction (accompagnée ou non), etc.

Une loi vidée de sa substance

L’État reconnaît ce mode de vie depuis la loi Alur du 24 mars 2014. Elle a notamment créé la notion de « résidence démontable » ainsi que la possibilité pour les collectivités d’instaurer dans leur Plan local d’urbanisme (PLU) – en zone agricole ou naturelle – des terrains dédiés, les Stecal, pour accueillir les habitats légers. En réalité, ces zones ne sont répertoriées nulle part.  D’après l’association ardéchoise Les Hameaux légers, seuls trois à dix PLU en sont pourvus dans l’Hexagone. Dans ces conditions, où s’installer ? Est-il obligatoire de n’être que toléré, discret, à la marge ? Plusieurs stratégies sont possibles. La première : déclarer son habitat léger, avec une demande de permis d’aménager pour une résidence démontable de plus de 40 m2, ou une déclaration préalable de travaux en-dessous de 40 m2. […]