Dossier : L’isolation acoustique sur un air écolo

Isolation acoustique

Quelles solutions écologiques pour limiter le bruit dans nos logements ?

Rebelles décibels

L’acoustique est une science subtile, parfois difficile à maîtriser. Bruits aériens ou solidiens, de l’extérieur, des voisins ou entre pièces d’un même logement, décryptage des techniques et matériaux à disposition pour une isolation efficace et écologique. Quasi ignorée par les constructeurs, pouvoirs publiques et fabricants d’isolants, « l’isolation acoustique était le petit plus pour faire bien mais pas indispensable. En apparence, ça ne rapportait rien, contrairement à l’isolation thermique qui se traduit en euros économisés », décrit Jean Louis Beaumier, conseiller et formateur en acoustique de l’écoconstruction et auteur.

Jusqu’au « déclic » de 2016, quand une étude du Conseil national du bruit (CNB) et de l’Ademe chiffre le coût social du bruit en France (troubles du sommeil, de l’apprentissage, maladies cardiovasculaires, pertes de valeurs immobilières, de productivité, etc.) à 57 milliards d’euros par an. La qualité acoustique de nos logements n’est donc pas anodine. Et des solutions existent, y compris écologiques. Dans le cadre du Point info bruit du CIDB, des ingénieurs acousticiens assurent une permanence plusieurs fois par mois pour conseiller gratuitement les particuliers.

Deux stratégies face au bruit

L’Organisation mondiale pour la santé recommande un bruit environnant inférieur à 30 dB. Face aux bruits d’impact, un Ln (voir encadré p. 33) de 55-52 dB est associé au confort. Mais en acoustique, tout dépend de la sensibilité de chacun, son acuité auditive, ses habitudes, l’environnement sonore… Les sons se propagent par voies aérienne (voix, radio, TV, véhicules, etc. font vibrer l’air) et solidienne (pas, chute ou déplacement d’objet, machine à laver, etc. font vibrer les structures).

Deux stratégies empêchent le son de traverser une paroi. La loi de la masse fait que plus un matériau est dense et lourd, plus il limite la transmission des ondes sonores. « En passant d’une masse surfacique de 100 à 200 kg/m2, tu ne gagnes que 6 dB, pour en gagner encore autant tu dois passer à 400, puis à 800 kg/m2 et ainsi de suite ; accroître la masse a ses limites », pointe Bruno Suner, architecte acousticien.

L’effet « masse-ressort-masse » combine des parements lourds qui enferment un isolant « mou » dans lequel le son se disperse. Plus les éléments constituant la paroi sont désolidarisés, plus les sons ont du mal à la traverser. Des bandes résilientes (chanvre, laine de bois, liège) évitent de transmettre les sons aux structures adjacentes. « En construction bois, la densité du liège est trop proche pour stopper efficacement les vibrations, prévient Laurent Limousin, formateur pour Le Gabion. En maçonnerie, la rupture de masse volumique est plus franche. » […]