Autoconstruire : Un an pour écoconstruire à budget riquiqui

écoconstruire en un an

Deux ans de conception pour seulement un an de travaux

Ces deux aides-soignants du Maine-et-Loire ont menés à bien leur projet tout en respectant leur budget ultra-serré. Une prouesse relevée sans pression et avec passion.

Autoconstruction rime souvent avec tensions, exténuation, séparation. Mais pas dans le dictionnaire de Lydie et Jean- Charles Noguès. Les pièges ne manquaient pourtant pas pour ce couple d’aides-soignants qui a mené son chantier en autoconstruction quasi totale sur un an seulement, tout en gardant leurs emplois à plein temps et en élevant leurs trois premiers enfants. Sans aucun retard, ni dépassement d’un budget très serré, leur projet a plutôt rimé avec parfaite sérénité. Un exploit qui ne doit rien au hasard…

« On a emménagé en 2010 après un an de travaux, incluant la maison, l’atelier et les aménagements extérieurs, mais on a d’abord consacré deux ans à la préparation du projet, réfléchir à ce qui était faisable, peaufiner, dessiner les plans, estimer la durée de chaque phase et les quantités de matériaux, planifier, etc., précise Jean-Charles. Quand on a démarré les travaux, tout était programmé, on n’avait plus qu’à dérouler le planning. Et on n’attend pas d’avoir fini de poser un matériau pour réfléchir à ce qui se passera derrière ; on enclenche ce qui a été prévu à l’avance, les commandes pour que les matériaux suivants soient prêts… »

 


Enquête : 100 ans et toute sa paille

maison Feuillette centenaire

À Montargis (45), la maison Feuillette fête son premier centenaire. Le Centre National de la Construction Paille, qui en est le propriétaire, se voue à la faire vivre et grandir.

Entrer dans la maison Feuillette, c’est un peu comme visiter un musée. Mieux, un château. Elle garde l’âme d’un lieu habité sans l’être vraiment, chargé de vécus, voire de légendes, décoré ici ou là de pancartes descriptives. Michel Leclercq, alias Mickey, accueille les visiteurs dans la cuisine. Bouc et cheveux blancs noués, sourire timide, il est en cet antre tel un conteur d’histoire. Celle de la première construction en paille d’Europe, érigée 100 ans plus tôt à Montargis, dans le Loiret, et de son inventeur dont elle porte le nom.

Mickey s’attable et prend en main une antique revue, La Science et la vie, datée de 1921. La reliure craque et les pages sont jaunies. Un seul défaut de délicatesse les ferait toutes voler. « On a ici le seul article complet d’époque trouvé sur la maison Feuillette », s’émerveille-t-il. En 1920, au sortir de la Première Guerre mondiale, l’ingénieur Émile Feuillette cherche un moyen accessible et efficace, tant financièrement que techniquement, de reconstruire des habitats. Il s’inspire d’une technique née un peu plus tôt au Nebraska (États-Unis) où, suite à l’invention de la botteleuse, quelques bicoques en bottes de paille porteuses, pas toujours habitées, sortent de terre.

Pour rendre ce type de construction sommaire plus durable, Émile Feuillette choisit d’incorporer les bottes dans une structure en bois faite de montants en chêne et d’entretoises en peuplier. Il est facile d’en deviner l’aspect, car le hangar disposé sur le terrain possède la même structure. « Ce sont toujours les mêmes morceaux de bois disposés à distance régulière. Comme un motif répété. Pas besoin d’études en charpente, juste d’un bon chef d’équipe », estime Mickey, qui fut autrefois menuisier. À l’extérieur de la maison Feuillette, la paille est enduite d’un mélange chaux-sable. À l’intérieur, elle est recouverte de plâtre (3-4 cm de sciure plâtre et 1 cm de plâtre en finition). « La maison fait 100 m2. Elle a été construite pour 40 % moins cher qu’une maison traditionnelle de l’époque », décrit-il.

Acheter et rénover, une aventure collective

En 1920, l’idée ne convainc pas, reléguant la construction paille au plan confidentiel pour quelques décennies encore. Les propriétaires se succèdent, de la fille d’Émile Feuillette, passant par la famille Gourdet, puis Mme Billou en 1960. Lorsque cette dernière se décide à vendre à son tour, elle contacte le Réseau français de la construction paille (RFCP).


Construire : une maison test

maison test

Il a tout essayé pour mieux conseiller.

Passer de la théorie à la pratique, c’est ce qu’à fait le thermicien Samuel Champouillon en construisant sa propre maison. Double ossature bois, isolation paille, serre solaire, enduits… des tests grandeur nature.

Samuel Champouillon aurait pu faire des tas de savants calculs et construire pour sa famille une maison aux standards passifs. Mais ce thermicien pour le bureau d’études Qui Plus Est a préféré réaliser un bâtiment certes très économe en énergie, mais abordable financièrement et facilement reproductible par des artisans locaux. Avec l’idée de mettre à l’épreuve un maximum de
techniques et matériaux. « Je peux ainsi en parler à mes clients en connaissance de cause », justifie-t-il.

 


Construire : un fournil pour foyer

un fournil pour foyer

Construite de bois et de paille, autour d’un four à pain professionnel

Au départ, il n’y avait là que des champs avec, à leur marge, un vieux corps de ferme. 75 hectares d’exploitation céréalière située à Loches, en Touraine. En 2008, Jean-Baptiste Jamin décide de rejoindre l’entreprise familiale, avec l’idée de convertir la ferme en bio, d’y fabriquer de la farine et du pain. Le bâtiment de tuffeau abrite bien un vieux four, mais celui-ci est trop petit. Alors, Jean-Baptiste entreprend d’en construire un plus grand et de bâtir lui-même sa maison autour.


La paille, matériau d’avenir

paille

Saine, peu chère, isolante, abondante, renouvelable, recyclable… Il n’y a que la paille qui m’aille !

La botte de paille fait ses preuve en construction depuis 130 ans. D’abord explorées par les autoconstructeurs et les artisans, ses mises en oeuvre sont désormais développées par les entreprises. Objectif : réduire les coûts de main d’oeuvre qui freinent ce produit agricole sain, abondant, bon marché, isolant, renouvelable et recyclable.

Si les trois petits cochons avaient connu la botte de paille, le loup n’aurait rien pu faire… C’est en effet la compression en bottes qui apporte à la paille ses propriétés de résistance mécanique et de tenue au feu et qui en fait un bon matériau de construction porteur, isolant et support d’enduit. Fin 19e siècle au Nebraska (États-Unis), à l’apparition des premières presses, des agriculteurs empilent des bottes pour construire leurs maisons. Dans les années 1920, en France, l’ingénieur Émile Feuillette construit des maisons à ossature bois isolées en bottes de paille.

 


Territoire : maison du Parc naturel marais du Cotentin et du Bessin

maison du parc naturel marais du cotentin et du bessin

Une vitrine pour la terre crue.

La preuve par l’exemple. C’est le dessein de la maison du Parc naturel marais du Cotentin et du Bessin. Située dans la Manche et inaugurée en 2016 : un long pan de mur en bauge*. Les nombreuses personnes empruntant la route départementale qui longe le bâtiment peuvent d’ailleurs l’apercevoir. Preuve que cette technique inscrite dans l’histoire locale conserve tout son intérêt et qu’elle peut être mise en oeuvre pour des bâtiments accueillant du public et dans un style contemporain.

La promotion en actions.

Si les Parcs naturels régionaux (PNR) ont longtemps abordé la question du bâti essentiellement sous l’angle patrimonial, en proposant des conseils d’architectes pour la rénovation ou l’entretien, le PNR des Marais du Cotentin et du Bessin a pris un train d’avance dans le domaine de la construction écologique depuis 2008.


construire en paille porteuse

construire en paille porteuse

Un rêve de gosse porté par la paille.

Dans la région parisienne, Anaïs et Côme ont fait construire leur maison avec la paille d’orge de leur propre exploitation. Les énormes ballots forment même à eux seuls des murs porteurs.

Quelques jours avant notre rencontre, Côme moissonnait l’orge de son champ. Perché sur son tracteur, cet exploitant agricole repensait à la dernière fois qu’il avait réalisé cette opération sur cette parcelle, trois ans plus tôt. « Cette fois-ci, la paille ne servira pas à construire une maison ; elle ira aux vers de terre. Ainsi, on la laisse au sol pour en réactiver la biologie. Cela évite de devoir mettre des engrais chimiques l’année suivante », explique-t- il.


Habitat groupé : Chamarel à Lyon

chamarel

Chamarel : Vieillissons à l’unisson

“Je m’assoie, je suis épuisée, lâche Marcelle Arnould après quelques minutes de discussion. Les déménageurs ont tout posé mais maintenant, il faut déballer les cartons. ” Sans compter la découverte d’un trou dans le sol d’une coursive, quelques robinets sans eau chaude, une prise sans courant dans la salle commune… Rien d’extraordinaire pour la mise en route d’un bâtiment, si ce n’est que le chantier a été mené par des retraités de 55 à 74 ans.

D’une ” utopie un peu barge ” germée lors d’une promenade entre trois amis a finalement poussé un immeuble partagé par seize ” personnes vieillissantes “. ” On s’est aperçus qu’on n’était pas les seuls à se questionner sur comment on allait attaquer une dernière partie de vie “, se souvient Patrick Chrétien.

 


Rénovation low-tech

renovation low-tech

Sur le terrain des matériaux, c’est le brut !

Katia et Jean voulaient rendre ce pavillon citadin des années 1950 économe et confortable. Pour lui donner une splendeur moderne sans grever l’environnement, ces adeptes du low-tech ont souhaité laisser apparents les matériaux bruts.

De retour en métropole après cinq ans sur l’île de la Réunion, Katia, Jean et leurs quatre fils avaient besoin de lumière et de chaleur. « On n’allait même pas visiter les maisons si elles n’avaient pas une bonne exposition », se souvient Katia, En effet, Jean rêvait d’une maison sans chauffage, mais « je suis très frileuse, il fallait qu’il me confirme que j’aurais 22 °C ». Finalement, un poêle de masse constitue l’unique moyen de chauffage pour les trois niveaux de cette maison exposée sud-est.


Territoire : école en paille à Montreuil

école en paille

Une école en paille aux portes de Paris

La paille s’invite désormais dans les bâtiments publics. Écoles, crèches, salles des fêtes, etc., les expériences se multiplient un peu partout en France. Longtemps réservée aux autoconstructeurs, la paille est sortie de la confidentialité en 2012 avec la publication des Règles professionnelles ; document technique « officiel » reconnu par les professionnels du bâtiment, par les autorités ainsi que par les assureurs.

« Pour les maîtres d’ouvrage publics, la publication de ces règles professionnelles a été un vrai encouragement, estime Coralie Garcia, du Réseau français de la construction en paille (RFCP) Ils peuvent s’appuyer sur des textes officiels pour aller négocier avec les bureaux d’études et les assureurs…