Billet d’humeur : Penser comme un arbre

penser comme un arbre

Et si nous regardions enfin les arbres ? Les regarder vraiment, pas simplement comme de simples ornements du paysage, verts, sympathiques et décoratifs.

Explorant avec talent de multiples branches de l’arbre de la vie, le botaniste, écologue, chercheur et écrivain Jacques Tassin nous y invite dans un stimulant petit livre dont le titre énigmatique est à lui seul un traité de philosophie : Penser comme un arbre (éd. Odile Jacob). Mais, nous dit-il, pour y parvenir, il nous faut d’abord poser sur l’arbre un regard neuf, admiratif et reconnaissant. Admiratif, car quelle technologie humaine est capable de créer de la matière vivante avec simplement du soleil, de l’air et un peu d’eau ? À coût nul, sans consommation d’énergie fossile ou fissile, tout en stockant du carbone au lieu d’en émettre ? Le moindre arbrisseau y parvient.

Poser sur les arbres un regard reconnaissant

Quel architecte, quel ingénieur est capable de concevoir l’égal d’un géant amazonien de 60 m de haut, déployant une surface totale de 150 000 m2, parfaitement en appui sur un seul tronc et 3 m de fondations dans un sol meuble où il pleut 3 000 mm d’eau par an ?

Quelle médecine humaine est capable de nous rajeunir chaque année ? Chaque arbre est potentiellement immortel puisqu’il n’a pas, comme nous, un programme de sénescence : un arbre grandit mais ne vieillit pas, ou plus exactement chaque année son horloge biologique repart à zéro. Rien à voir avec le botox et les crèmes anti-rides… Poser ensuite sur les arbres un regard reconnaissant, car nous leur devons – excusez du peu – l’oxygène de notre air, les glucides de leurs fruits, les matériaux pour nous loger, nous chauffer, cuire nos aliments ou bien naviguer sur les mers du globe. Avec en prime la beauté de nos paysages. Les arbres sont aussi une assurance-santé grâce à leur extraordinaire pharmacopée, encore très méconnue. C’est une assurance-eau ; les grandes forêts du globe permettent aux nuages chargés d’eau océanique de se décharger bien loin vers l’intérieur des terres.

Pour autant, nous accordons bien peu d’attention à leurs vertus. Pire, nous déforestons la planète avec une suicidaire inconscience. Selon Global Forest Watch, 24 millions d’hectares de forêts ont disparu en 2019, soit l’équivalent de la surface de la ville de Paris… toutes les quatre heures ! Pas rancuniers, forêts et arbres viennent à notre secours, tentant de réparer nos excès en stockant le carbone, favorisant la pluviométrie, dépolluant notre air. Alors aimons-les, car ils sont une pièce maîtresse de notre vie sur Terre, la rendant belle et habitable. Aimons-les pour leur puissance créatrice, leur sagesse. […]


Billet d’humeur : Paresseux et intelligents

Les animaux et les plantes

Qui sont les meilleurs architectes de la planète ?

Les lauréats du « Nobel de l’architecture », le prix Pritzker ? Frank Gerry, Zaha Hadid et leurs disciples ? Eh non. Sans conteste, les bâtisseurs les plus créatifs et surtout les plus écologistes sont les animaux et les plantes… Dans son remarquable Biomimétisme et architecture*, l’architecte Michael Pawlin dresse un stupéfiant et très documenté panorama des techniques de construction pratiquées par les vivants non humains. La conclusion est claire : sur la fabrication des matériaux, les méthodes d’assemblage et de liaison, la gestion de l’énergie et des déchets, les plantes et les animaux savent tout faire. Et souvent bien mieux que nous qui sommes si fiers de nos technologies !

Quelques exemples édifiants :

Produire de l’eau ? Nous sommes incapables de produire la molécule H20, sauf à utiliser un process complexe de captation de CO2 et de production d’hydrogène nécessitant électricité… et eau ! Les chameaux, bien plus malins, stockent dans leurs bosses des graisses qu’ils métabolisent naturellement en eau et en énergie.

Réguler la température ? Décoratives, les oreilles des éléphants ? Eh bien non. Hyper vascularisées, elles évacuent la chaleur corporelle par rayonnement et
convection, celle-ci étant accentuée par de grands battements qui ne servent donc pas qu’à éloigner les mouches. Trompeur, l’éléphant ! Quant aux termitesboussoles, ils climatisent leurs termitières géantes par un dense et très subtil réseau de canalisations d’air.

Assembler par des noeuds ? Le tisserin-gendarme bâtit son nid par un savant tissage de brindilles, utilisant jusqu’à six noeuds différents : boucle, clé, demi-clé, reliure, noeud glissant, demi-noeud… Pas certain que la plupart des humains en connaissent autant !

Se chauffer grâce à des serres ? La rhubarbe du Sikkim est capable d’enrouler ses hautes feuilles semi-transparentes pour piéger le rayonnement solaire. Elle gagne ainsi jusqu’à 10°C.

Fabriquer des fibres hyper-résistantes ? Fierté des laboratoires de recherche, la fibre aramide (le Kevlar) est l’une des plus résistantes, cinq fois plus que l’acier. Sauf que le fil de soie des araignées est, à sec, plus résistant encore !

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Billet d’humeur : La planche volante et le martinet

planche volante

Un exploit, vraiment?

Le 4 août dernier, un « homme volant » a traversé la Manche à 15 m au-dessus des vagues sur un « Flyboard » (planche volante) , sorte de mini plate-forme munie de turbines. Le monde entier a applaudi, 110 ans après la première traversée aérienne de l’opiniâtre Louis Blériot, qui y consacra 32 tentatives et beaucoup de bois cassé. Mais regardons de plus près cet exploit contemporain. Moderne Icare, notre homme volant n’était pas équipé de plumes et de cire, mais a eu besoin de 80 l de kérosène pour ce vol de 35 km en deux étapes devant s’arrêter au milieu du parcours pour refaire le plein sur une barge, son autonomie n’étant que d’une quinzaine de minutes.

Ce « tapis volant du futur » (dixit les médias) a donc consommé 227 l aux 100 km, deux fois plus que la limite maintenant imposée aux formules 1 pour limiter leur puissance. Enfin, ce vol a émis 159 kg de CO2, soit 4,5 kg de CO2 par km, 35 fois plus qu’une berline standard. Maintenant, comparons l’homme volant avec un autre aéronef, qui lui n’est pas un prototype mais qui, selon les ornithologues, existe à deux cent millions d’exemplaires : Apus apus, le martinet noir.

Le martinet, un acrobate des airs !

Les 20 km d’autonomie du Flyboard feraient piailler de rire un martinet. Lui ne se pose jamais, ou plus précisément vole jour et nuit entre deux périodes de reproduction, durant neuf mois. Il dort en vol, se ravitaille en vol… et, en parfait acrobate des airs, s’accouple en vol. Plus étonnant encore, les jeunes martinets, dès la sortie du nid, volent joyeusement jusqu’à l’âge de 3 ans sans discontinuer !

Poids : 45 g tout habillé de plumes, contre 170 000 g pour l’homme volant, lourd de  son barda, ses tuyères et son carburant. Pollution : 100 % bio et recyclable, de la naissance jusqu’après la mort. Vitesse de pointe : le martinet arrive à pousser des pointes à 200 km/h, dépassant celles de l’homme volant. Entretien et maintenance : il mue progressivement en vol, plume par plume, tout en conservant ses talents de voltigeur des airs. Durabilité : 30 ans, avec au compteur 7 millions de km… 18 fois la distance Terre-Lune ![…]