Territoire : Recettes de grand maire pour faire monter l’écologie

un village producteur de son électricité

Un village producteur de son électricité verte

Petit village de 250 âmes en Occitanie, Luc-sur-Aude ne possède pas d’infrastructure communale tentaculaire. Pourtant, les réalisations sont là. À l’initiative, le maire, Jean-Claude Pons raconte : « Dans notre village, seuls deux viticulteurs produisent encore en agriculture conventionnelle, tous les autres, moi y compris, se sont convertis à l’agriculture biologique sans attendre mon premier mandat ! J’ai fait campagne avec un programme d’actions écologiques en tête. » Ses convictions sont anciennes et ses études universitaires en agronomie et écologie ont contribué à les développer. « Si l’on défend des projets qui tiennent la route, les citoyens y sont sensibles. Bien évidemment, en proposant un investissement qui rapporte de l’argent en plus de produire de l’énergie verte, on rencontre l’adhésion de sa population. »

Luc-sur-Aude a été le premier en Languedoc-Roussillon à proposer l’extinction nocturne de l’éclairage public, voilà
douze ans. « Mon conseil municipal n’était pas favorable au départ. On l’a expérimenté durant six mois, puis on a pris le temps d’évaluer la mesure et aucun inconvénient ne s’opposait à la poursuite. Aujourd’hui, personne n’a envie de respirer des colles et des polyphénols dans son habitation, mais fédérer demande d’amener les choses en les expliquant », expose l’élu.

S’entourer des bons acteurs

« J’habite Luc-sur-Aude depuis 2011. Sa notoriété, en termes de vie sociale et d’actions municipales positives, m’a attirée. Avant même la création du parc solaire, les bâtiments anciens ont été rénovés avec des matériaux écologiques. Trois logements sociaux bénéficient ainsi de murs en terre-paille et d’isolation en laine de bois. Des panneaux solaires équipent le foyer. Tous les bâtiments communaux ont été isolés. L’école et l’un des logements sont chauffés grâce à une chaudière bois… », détaille Hedy Dargère.

Motivé par l’énergie de tous ces projets, dès 2014, ce nouvel arrivant devient premier adjoint. « Nous avons eu la chance de recruter une stagiaire en master Développement durable et aménagement, Juliette Theveniaut, qui nous a accompagnés sur le parc photovoltaïque comme sur le projet d’habitat participatif écologique. Sans ses compétences, nous n’aurions pas pu réussir aussi vite, par manque d’ingénierie, de temps et de ressources », assure-t-il.

En 2008, un lotisseur fait faillite laissant en déshérence un terrain de 1,5 ha avec trois maisons en cours de construction et un soubassement tout juste bâti pour une quatrième. « Soit nous prenions le risque financier du rachat, soit on laissait faire un promoteur dont le projet nous aurait échappé », se souvient Jean-Claude Pons. Une fois encore, le maire défend sa vision. Négociations serrées avec le liquidateur, recherche des propriétaires étrangers ne représentent que le début d’une longue liste d’obstacles. L’édile veut certes sauver ce projet de lotissement, mais avec une volonté bien précise : celle de réussir un projet participatif avec des constructions écologiques.


Habitat groupé : Et la ferme devint écovillage

écovillage

Posé sur sa colline verdoyante, l’écovillage de Sainte-Camelle héberge une quinzaine d’adultes qui ont fait le pari de la vie en collectif. Une aventure qui soulève un intérêt croissant et qui continue de s’écrire.

« À quinze, on est plus malins que seul, déclare Dane, co-fondatrice de l’écolieu. Nos capacités de conscience et de réponse sont démultipliées. » Tout commence en 2009, quand Dane, psychologue holistique, décide de quitter la Loire-Atlantique. Avec Alain, son compagnon enseignant, ils vendent le lieu qu’ils occupent depuis quinze ans avec un collectif de huit personnes. Destination : les coteaux d’Ariège, au sud de Toulouse. Objectif : démarrer un projet collectif sur un terrain plus vaste permettant d’accueillir plus de monde. Après un premier projet non abouti, Dane a un coup de coeur pour une ferme du XIXe siècle, entourée de 18 ha de terres et forêt. Le terrain, bien exposé au sud, offre une vue imprenable sur les Pyrénées, le tout à quelques kilomètres de la petite ville de Pamiers. À l’état de quasi-abandon, l’ensemble comprend un corps de logis flanqué d’une étable et d’une bergerie, ainsi qu’un fenil et une porcherie.

Dane et Alain, tous les deux la cinquantaine, prennent possession des lieux en 2011. Le bouche-à-oreille répand la nouvelle qu’un écovillage ouvert à de nouveaux projets vient de se créer. Un groupe d’une dizaine de personnes se constitue autour du couple, hébergé provisoirement en caravanes.

Priorité : le logement. Mené surtout par Dane et Alain, le chantier démarre par un grand déblayage. Ensuite, sont rénovés les espaces bâtis existants les plus faciles à aménager : quatre appartements à l’étage du corps de logis, une salle commune et une colocation de cinq personnes dans le fenil. Autre priorité pour l’hiver : planter le verger – 130 fruitiers la première année, 350 noisetiers la deuxième.

Un chantier de longue haleine

Dès la deuxième année, la nécessité d’accueillir des groupes ponctuellement se fait sentir. Pour y répondre, un grand chapiteau en bois est construit. Dans la foulée, avec des artisans locaux, l’étable est renforcée et ouverte côté sud ; l’étage, partiellement reconstruit ; les façades en briques crues et moellons, protégées par de nouveaux enduits. Puis, sortent de terre deux cabanes perchées, un petit chapiteau, l’aire de camping, la salle polyvalente dans l’ancienne étable, au centre, et petit à petit un total de dix logements, dont celui de Dane et Alain dans la bergerie.

Dans le processus, le fenil s’est transformé en gîte pour 17 personnes. Un chantier de sept années mené par Dane et Alain avec des artisans locaux et le renfort de chantiers participatifs. « On a eu des moments de découragement […]


Escapade : Rondins des bois à la montagne

Rondins de bois

Au cœur du parc naturel des Pyrénées catalanes à deux pas du vieux village de Bolquère, le chalet Les Artigues aux allures de refuge de montagne invite à célébrer la nature. « L’idée de construire un chalet de vacances sur notre terrain à Bolquère est née alors que nous étions en vacances dans un gîte rural à La Réunion, en 2005. Accueillir à notre tour des vacanciers dans ce pays qu’on aime tant, la Cerdagne, nous a semblé une évidence, d’autant qu’Olivier avait entamé une formation de fustier depuis plusieurs années », explique Florence.

Ce chalet 100 % autoconstruction (à l’exception de la pose des panneaux solaires en toiture) dont le chantier va durer deux ans sera son oeuvre de fin de formation. « Nous le voulions en harmonie avec la nature environnante : gros rondins de bois de pays non traités, énergies renouvelables (bois et soleil ne manquent pas), matériaux sains et recyclés, fortement isolé pour faire face au froid de l’hiver et consommer peu d’énergie, d’où la toiture végétale, harmonieux par ses volumes et sa décoration, très confortable et facile à vivre », précise Olivier.

Après avoir dessiné les plans, il installe son chantier de construction à 20 km de Bolquère. Transformer des arbres bruts façonnés par la nature en maison n’est pas le choix le plus facile. Pratiquement aucun arbre n’est droit. « Tous les arbres sont d’abord écorcés à la main, lavés à haute pression, puis ajustés à la tronçonneuse pour assurer leur empilement au millimètre près », reconnaît-il. Il faudra un an d’efforts et de patience pour bâtir tronc après tronc cette fuste de bois brut. Et une année de plus pour réaliser la toiture, l’aménagement intérieur et les extérieurs.

La tendresse du bois brut

Pour favoriser le bien-être des hôtes et limiter l’impact sur l’environnement, le choix d’utiliser des matériaux naturels s’est imposé. « La nature isolante des murs en pin douglas non traité de 35 cm de diamètre en moyenne est renforcée par la laine de mouton glissée entre rondins. Sur la toiture, 35 cm de ouate de cellulose associés à 25 cm de terre végétalisée (qui en hiver retient le manteau neigeux) assurent l’isolation », détaille Olivier. Grâce à son orientation plein sud, ce chalet à la location toute l’année bénéficie d’un bel ensoleillement. En hiver, le poêle à bois norvégien (JØtul) suffit à chauffer les volumes (3 à 4 stères par an).

Pour limiter son empreinte carbone, Olivier récupère le bois de chauffage en traction animale avec son cheval ! La maison utilise aussi l’énergie solaire via 12 m2 de panneaux solaires thermiques installés en toiture. Ils alimentent l’eau chaude sanitaire, le plancher chauffant, la cloison chauffante à ossature bois à l’étage,et l’eau du bain nordique en été. Enfin, des panneaux solaires photovoltaïques 3 kWc (environ 16 m2) couvrent 50 % de la consommation électrique du chalet.

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Escapade : Un écrin pour l’harmonie de groupe

bâtisse en pierre

À DIX MINUTES DE CORDES-SUR-CIEL, DANS LE TARN, le bien nommé gîte du Suquet (petit mont en occitan) permet d’apprécier la campagne alentour depuis

un lieu ouvert à la convivialité et à l’esprit de partage. Eve et Sébastien y accueillent depuis trois ans des groupes d’une quinzaine de personnes maximum dans une bâtisse en pierre calcaire de la fin du XIXe siècle, avec sa grange attenante, héritage de la rusticité humble de ces anciennes terres agricoles.

La rénovation de cet espace d’hospitalité a été menée principalement en autoconstruction et l’équilibre entre des matériaux sains et locaux, l’amélioration thermique et le patrimoine se ressent dans toutes les pièces de la maison. Dans le grand salon, les enduits intérieurs, à base de kaolin et paille, côtoient des murs en pierre jointoyée à la chaux. Au plafond, un enduit de terre rouge de Lexos, réalisé sur une trame de canisses, répond comme un miroir au sol en terre et chaux et confère à la pièce une douce chaleur pour de longues discussions hivernales. Pendant ces veillées, jeter quelques bûches dans le poêle bouilleur sera la seule consigne : ce dernier assure, avec des panneaux solaires, le chauffage et l’eau chaude de tout le gîte.

Quand le sommeil se fait sentir, un escalier conduit à l’étage où des chambres de deux à six personnes sont décorées selon des thèmes rêveurs et colorés, comme la chambre voyage et ses statuettes sénégalaises, ou la chambre mer et son écho, la chambre bleue, pour des nuits bercées par le calme des environs. « Au Suquet, souligne Eve, on peut vraiment écouter des concerts de silence. »

L’esprit au calme

Au matin, des pots de confiture de prune ou de poire cuisinées avec les fruits du verger annoncent une bonne journée.

Si le temps est chaud, la piscine hors sol habillée de bois, sécurisante pour les enfants, permet de se mettre au frais en contemplant la vallée. Cette dernière est exploitée par un Gaec estampillé AB. Pour mieux s’en imprégner, un détour par le chill-out s’impose : cet espace ouvert aux quatre vents, dans lequel on entre par une porte ronde symbolisant les cinq éléments, offre avec sa charpente réalisée par le charpentier d’art Yohan Leymarios, une solide protection pour méditer à l’air libre, tendre un hamac le temps d’une sieste, ou, à la mi-saison, profiter du jacuzzi chauffé par l’énergie solaire.

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Territoire : La pierre sèche draine des emplois

pierre sèche

Se former à la construction en pierre sèche

Le centre de formation bâtipole en Limouxin,dans l’Aude, s’adresse aux jeunes et adultes, salariés ou demandeurs d’emploi, dans les domaines du tertiaire, de la logistique, du bâtiment et de la conduite d’engins. Il existe depuis 1987, par la volonté d’Anne Mervoyer et Dirk Eberhard et grâce au soutien de Maryse Arditi, alors conseillère régionale. Il propose plusieurs formations tournées vers la construction écologique : un titre d’ouvrier professionnel en construction bois, un autre en écoconstruction et un en restauration du patrimoine.

Cette année, Batipole innove avec la pierre sèche. « La région a subi de lourdes inondations. Parmi les rares ouvrages qui ont résisté, on trouve de nombreuses constructions en pierre sèche.  Celles-ci ont un impact sur le plan paysager comme sur celui de la gestion du patrimoine.
La construction en pierre sèche a la particularité de drainer, d’où sa résistance à l’eau », analysent Denis Royet et Gilles Rivière, formateurs et coordinateurs du pôle bâtiment du centre de formation Batipole en Limouxin, qui a obtenu des financements de la Région Occitanie pour créer un contrat de qualification professionnelle ouvrier professionnel en pierre sèche, en raison de l’important patrimoine à restaurer. «Nous formons à la pierre sèche depuis des années à travers notre module ” restauration du patrimoine “, poursuivent-ils. Anne Cerf-You assure cette partie de la formation depuis le départ. Son professionnalisme nous a permis de répondre à l’appel d’offres de la région Occitanie lorsqu’une commande sur la thématique de la pierre sèche a été lancée. »

Une dynamique de territoire

Un nouveau cursus rendu possible par la synergie des acteurs du territoire. Pour cette toute première session, stagiaires et formateurs ont rendez-vous sur le magnifique site de Notre-Dame-des-Oubliels. Cette abbaye classée se trouve dans un magnifique lieu où deux compétences se croisent : celle de la commune de Portel-des-Corbières et celle du Parc naturel régional (PNR) de la Narbonnaise en Méditerranée. « Le Parc accompagne un chantier de ce type pour la première fois, car la pierre sèche se trouve clairement inscrite sur sa charte. Nous proposons des initiations à la pierre sèche et nous accompagnons les communes dans la sauvegarde du patrimoine rural et dans l’entretien de la qualité des paysages.

Lorsque nous avons su que le Batipole montait une formation, nous leur avons proposé ce chantier d’application. De son côté, la commune fournit la matière première, les repas et un employé de mairie assure la manutention. Le Parc compte bien poursuivre cette coopération sur d’autres chantiers », précise Fanchon Richard, responsable des aménagements paysagers du PNR. […]


Rénover : Trucs et astuces d’un chantier d’initiés

Rénovation performante

Une rénovation performante

Cette rénovation était le quatrième chantier de Christine et Didier. Un recul qui leur a fourni une boîte à outils débordant d’ingéniosité et de bon sens. Ce qui leur a permis de changer cette vieille maison de Vic-en-bigorre (65) en un cocon adapté à leurs besoins, performant et confortable.

Après avoir mené les travaux de leurs trois précédentes maisons, Didier Garnung et Christine Laizay étaient rodés pour optimiser leur nouveau domicile, maison en pierre de 1936 à Vic-en-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Leur longue expérience et les acteurs professionnels et associatifs dont ils ont su s’entourer leur ont ouvert les portes d’une rénovation performante, pleine d’ingéniosité et de bon sens.

Pour le choix du terrain, « on avait cinq critères : être proche d’un centre-ville, disposer d’un garage, d’un point d’eau pour arroser le jardin, alimenter les toilettes, etc., qu’il y ait des arbres déjà grands », liste l’ancienne institutrice. « Quand on achète une maison à 60 ans et qu’il faut planter des arbres, il ne feront pas d’ombre avant qu’on ne puisse plus en profiter… », souligne le prof de technologie. Cinquième critère, auquel ils ont dû renoncer : le plain-pied, « même si du point de vue écologique, il est préférable d’avoir un cube comme celui-ci qu’un plain-pied étalé ».

Le premier projet prévoit d’abattre toutes les cloisons du rez-de-chaussée. « Mais on n’est plus tout jeunes, il était intéressant de garder la possibilité de ne vivre qu’en bas en y laissant une chambre et une salle de bains, soulignent-ils. Si on supprimait le couloir, où placer le canapé ? Dans l’entrée ? » Cela aurait aussi contraint à positionner la cheminée au milieu de la pièce, obligeant à « tout casser pour créer un nouveau conduit alors qu’il en existait deux ». Du point de vue énergétique, « l’ancienne cuisine transformée en buanderie sert de tampon thermique au nord ».

Des portes qui claquent

Le volet énergétique du chantier a été réfléchi avec l’Écocentre Pierre et Terre, dans le Gers, qui a accompagné le couple dans le diagnostic thermique du bâtiment et les préconisations d’amélioration. Les menuiseries extérieures ont été remplacées par du double vitrage sur mesure, fabriqué en chêne par un artisan local.  […]