Écoconstruire : La paille porteuse modernisée

paille porteuse autoconstruite

Au sud de Grenoble, Mathilde et Cédric ont autoconstruit une maison en paille porteuse

Architectes et constructeurs.rices de métier, ils ont modernisé cette technique ancienne par militantisme pour promouvoir son développement.

Faire venir plus de 300 bottes de paille dans un quartier du sud de Grenoble, près de la voie ferrée, des box-garages et des immeubles bétonnés, mérite une certaine déférence. S’en servir pour monter les murs d’une habitation à l’allure contemporaine en mérite davantage. À l’origine de ce projet, deux architectes militants : Mathilde Lapierre et Cédric Hamelin, qui ont osé la technique de la paille porteuse, apparue il y a plus d’un siècle au Nebraska (États-Unis) et ne jouissant pas encore de règles professionnelles ni de méthode de calcul universelle, et qui en ont modernisé son utilisation.

Dans la pièce principale illuminée, qui sert de salon, cuisine et bureau, les livres sur la construction en paille de Luc Floissac et Barbara Jones (Amazonails) sont de sortie. Mathilde et Cédric s’en servent de références pour expliquer la technique paille porteuse. Elle commence : « Les bottes de paille, disposées en quinconce entre des lisses haute et basse, portent les charges de la maison. Plus précisément, elles sont aidées par des enduits épais, appelés voiles minces travaillants, qui servent de contreventement pour rigidifier l’ensemble. » Ils sont généralement en terre crue à l’intérieur et chaux à l’extérieur. Cédric poursuit : « Les bâtiments en paille porteuse sont souvent rectangulaires et symétriques. Si on met une porte au nord, on met la même au sud, car les bottes de paille subissent un tassement dû aux descentes de charges. Si les murs se tassent, il faut qu’ils le fassent de manière homogène. »


Autoconstruire en paille porteuse

Autoconstruire en paille porteuse

Bâtir sa maison, un bonheur qui se mérite

La maison est implantée dans un champ bordé d’arbres, légèrement en contrebas de la ferme Ma Vallée, qui depuis 1976 produit du fromage de chèvre à Plouguenast, dans les Côtes-d’Armor. Sa porte d’entrée est ornée d’une grande fleur de lotus, symbole de pureté et de renaissance. Réalisée en paille porteuse, sobre, lumineuse et confortable, elle a été conçue pour évoluer en fonction des besoins. Ce qui a demandé beaucoup d’anticipation et de
préparation avant d’entamer les travaux. Pour autant, le chantier, ponctué par un bref passage aux urgences, n’a pas été de tout repos…


La paille, matériau d’avenir

paille

Saine, peu chère, isolante, abondante, renouvelable, recyclable… Il n’y a que la paille qui m’aille !

La botte de paille fait ses preuve en construction depuis 130 ans. D’abord explorées par les autoconstructeurs et les artisans, ses mises en oeuvre sont désormais développées par les entreprises. Objectif : réduire les coûts de main d’oeuvre qui freinent ce produit agricole sain, abondant, bon marché, isolant, renouvelable et recyclable.

Si les trois petits cochons avaient connu la botte de paille, le loup n’aurait rien pu faire… C’est en effet la compression en bottes qui apporte à la paille ses propriétés de résistance mécanique et de tenue au feu et qui en fait un bon matériau de construction porteur, isolant et support d’enduit. Fin 19e siècle au Nebraska (États-Unis), à l’apparition des premières presses, des agriculteurs empilent des bottes pour construire leurs maisons. Dans les années 1920, en France, l’ingénieur Émile Feuillette construit des maisons à ossature bois isolées en bottes de paille.

 


Paille porteuse: une maison droite dans ses bottes

Maison écologique construite en ballots de paille porteuse. crédit Corentin Desmichelle

[VIDEO] Dans la région parisienne, Anaïs et Côme ont fait construire leur maison en paille porteuse avec l’orge de leur propre exploitation. Les énormes ballots forment à eux seuls des murs porteurs.

Quelques jours avant notre rencontre, Côme moissonnait l’orge de son champ. Sur son tracteur, cet exploitant agricole repensait à la dernière fois qu’il avait réalisé cette même opération sur cette même parcelle, trois ans plus tôt. « Cette fois-ci, la paille ne servira pas à construire une maison en paille porteuse. Mais elle ira aux vers de terre. En effet, on la laisse au sol pour en réactiver la biologie. Ainsi, ça évite de devoir mettre des engrais chimiques l’année suivante », explique-t-il, assis à côté de sa compagne Anaïs, ingénieure agricole.

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construire en paille porteuse

construire en paille porteuse

Un rêve de gosse porté par la paille.

Dans la région parisienne, Anaïs et Côme ont fait construire leur maison avec la paille d’orge de leur propre exploitation. Les énormes ballots forment même à eux seuls des murs porteurs.

Quelques jours avant notre rencontre, Côme moissonnait l’orge de son champ. Perché sur son tracteur, cet exploitant agricole repensait à la dernière fois qu’il avait réalisé cette opération sur cette parcelle, trois ans plus tôt. « Cette fois-ci, la paille ne servira pas à construire une maison ; elle ira aux vers de terre. Ainsi, on la laisse au sol pour en réactiver la biologie. Cela évite de devoir mettre des engrais chimiques l’année suivante », explique-t- il.