Les pesticides étouffent les actions de Langouët, village pionnier de l’écologie participative

L'éco-lotissement de Langouët a été pensé pour cohabiter avec la biodiversité: exit les pesticides!

Une pétition a été lancée en soutien au maire de Langouët, sous le feu de la préfecture à cause de sa volonté d’interdire l’utilisation de pesticides à moins de 150 m d’une habitation, par principe de précaution. Ce village breton n’en est pourtant pas à son coup d’essai en matière d’environnement. Reportage à la rencontre de ces pionniers de l’écologie participative.

Langouët est un petit village de 602 habitants, au nord de Rennes (Ille-et-Vilaine). Daniel Cueff en est le maire depuis 1999. Il a fait de cette commune un laboratoire d’initiatives écologiques et sociales. « Cela fait 20 ans que nous sommes engagés dans le développement durable. Nous essayons d’être le moins impactant possible sur l’environnement et la santé », explique-t-il. Pari réussi pour cette commune qui a reçu la visite de plus de 1 000 élus via Bruded, réseau breton d’échange d’expériences de développement durable entre collectivités, créé en 2005 à Langouët. Ce qui n’est pas vraiment un hasard.

Une pétition face aux pesticides

Pourtant, le maire est aujourd’hui sous le feu de la préfecture à cause de sa volonté d’interdire l’utilisation de pesticides à moins de 150 m d’une habitation sur le territoire de la commune, par principe de précaution. “Or la préfecture de Bretagne souhaite casser cette décision sous prétexte que celle-ci doit être prise par le ministère de l’agriculture et demande à la commune de retirer l’arrêté, indique la pétition lancée en soutien au maire de Langouët, qui a déjà recueilli près de 80 000 signatures. Au vue de l’inaction du ministère de l’agriculture dans le combat contre les dangers des pesticides, soutenons Langouët et son maire !”

Daniel Cueff, le maire de Langouët, en lutte contre les pesticides.

Daniel Cueff, le maire de Langouët, en lutte contre les pesticides.

Dès son premier mandat, le maire prohibe les produits phytosanitaires dans les espaces publics. Une interdiction qui ne sera imposée aux collectivités territoriales qu’avec la loi Labbé, effective depuis le 1er janvier 2017 seulement. Il s’attaque ensuite à la cantine de la petite école publique, qui devient 100 % bio et local en 2004. Une des raisons qui ont poussé Luc Rambaldi à s’installer à Langouët avec sa famille, il y a six ans. « On rêvait de vivre dans une commune comme celle-là », explique celui qui est aujourd’hui membre du conseil municipal et vice-président de Bruded. Les prix n’ont pas flambé pour autant. Ils sont même moins élevés que dans certaines communes voisines : 3,50 € le repas, 1,75 € en tarif réduit.

Démocratie coopérative

Cette transition progressive a été facilitée par la mise en place d’ateliers citoyens. Les Langouëtiens pouvant ainsi proposer des solutions pour rendre possible chaque nouveau projet. Daniel Cueff parle de démocratie coopérative. Concernant la cantine, « nous avons imposé un cadre, c’est-à-dire servir aux enfants des repas bio et avec des ingrédients locaux. Ce sont ensuite les citoyens qui ont proposé des idées pour y arriver », illustre le maire.

Linda, Luc et Sandrine font partie du collectif Nous voulons des coquelicots.

Linda, Luc et Sandrine font partie du collectif Nous voulons des coquelicots.

D’autres projets sont en cours avec cette méthode. Les architectes Julie Poutas et Sarah Fruit travaillent avec les Langouëtiens sur l’extension du lotissement écologique la Prairie madame (initié en 2005) pour en faire un écohameau, en matérialisant les futurs espaces avec des Légo. « On fait réfléchir les habitants sur ce qu’ils souhaitent retrouver dans les espaces communs. Les choix se portent sur des jardins partagés, des ruches. Après, notre rôle est de rendre tout cela possible », indique Julie Poutas. La future parcelle accueillera sept logements bioclimatiques en locatif et en accession pour des personnes à revenus modestes. Grâce à l’association Bati récup, que les deux architectes ont créée à Langouët, des matériaux de récupération dénichés sur d’autres chantiers locaux seront réutilisés dans ce projet.

« L’écologie pour tous »

« Notre politique est de faire de l’écologie sociétale, précise le maire. De l’écologie pour tous. » Vingt-et-un logements écologiques sont en locatif social. « Le chauffage, c’est entre 120 et 150 € par an. » En plus de l’extension de la Prairie madame, un autre écolotissement de sept maisons doit se construire cette année. Là aussi pour des foyers modestes.

Tous les bâtiments communaux, comme la bibliothèque écorénovée, récupèrent l'eau de pluie pour les sanitaires.. Crédit Emilie Veyssié

Tous les bâtiments communaux, comme la bibliothèque écorénovée, récupèrent l’eau de pluie pour les sanitaires.

En outre, la totalité de l’électricité des bâtiments publics (école, salle polyvalente, mairie, pôle enfance, bibliothèque) provient des panneaux photovoltaïques implantés sur la commune. La centrale photovoltaïque fournit la majorité de la production avec plus de 27 000 kWh produits en 2016. Le reste provient des autres bâtiments.

Autonomie énergétique

Au total, la commune produit presque 38 000 kWh. L’ambition est d’alimenter tout le village avec cette électricité verte pour être autonome. Pour l’instant, l’énergie est vendue à EDF 46 c€/kWh, mais le maire voudrait réutiliser directement l’électricité produite localement. D’autre part, les bâtiments publics ont été entièrement rénovés : bardage bois, isolation en chanvre et chauffage au bois.
Mais seul bémol, le territoire reste l’un des bastions de l’agriculture intensive et la cohabitation avec les riverains est parfois difficile.

Les habitants ont voté en majorité pour intégrer le mouvement Nous voulons des coquelicots. « On se réunit tous les premiers vendredis du mois et on organise des ateliers pour sensibiliser à la toxicité des pesticides et proposer des alternatives », détaille Sandrine Maguet Delouermel, cofondratrice du collectif. « Ça permet de tisser des liens avec les habitants », poursuit sa femme, Linda. C’est ainsi qu’elles ont appris à connaître Luc Rambaldi, aussi membre du collectif. Sandrine s’enthousiasme : « On ne voudrait pas vivre ailleurs. »

Reportage et photos d’Emilie Veyssié, publiés dans le magazine La Maison écologique n°110.