Extérieur : Les potagers prennent de la hauteur

Potager urbain sur le toit

Potager urbain sur le toit

À Grenoble, l’association Cultivons nos toits transforme le haut des immeubles en jardins partagés. Des lieux de production, mais aussi de lien social. Reportage en altitude…

Fabrice vit en rez-de-chaussée. Chaque jour, il enfile sa tenue de jardinier et va ramasser ses légumes… en montant dans l’ascenseur ! Car son petit potager se situe sur le toit du parking de son immeuble. « C’est ce qui m’a fait acheter un appartement ici. Je suis un citadin, certes, mais j’ai besoin de mettre régulièrement les mains dans la terre », témoigne ce banquier quinquagénaire grenoblois. En allant arroser les jeunes pousses qui pointent leur nez sur le toit, il croise Vincent, venu vider un seau d’épluchures sur le compost. Les deux voisins n’habitent là que depuis quelques mois, mais discutent déjà comme de vieilles connaissances.

« Le jardin, c’est fédérateur. C’est plus agréable de rencontrer ses voisins de palier en cueillant des tomates qu’à l’occasion d’une réunion de copropriété houleuse », assure le jeune homme. Une fois par mois, tous deux bénéficient d’une formation pratique pour apprendre à mieux gérer ce jardin partagé, dispensée par l’association Cultivons nos toits, à l’origine du site. « On explique aux habitants comment semer, pailler, arroser, poser un tuteur, mais aussi à quel moment récolter, explique Lucas Courgeon, chargé de projet au sein de l’association. Nous avons de l’expérience. On a implanté notre premier potager aérien il y a quatre ans sur le toit d’une ancienne caserne, la Casemate, située en plein centre-ville. En une saison, on a récolté 1 t de légumes sur 200 m2, cultivés dans de grands bacs. »

Un jardin d’un seul tenant

Les cultures sur la Casemate ont été interrompues en raison d’un incendie dans le bâtiment, mais vont reprendre en 2020. Entre temps, les jardiniers urbains ont semé d’autres graines. Ils ont convaincu un duo de promoteurs immobiliers d’aménager le toit de leurs nouvelles constructions, qu’occupent justement Fabrice et Vincent dans l’écoquartier Daudet, à Saint-Martin- d’Hères, en banlieue de Grenoble. « Anticiper la présence d’un jardin sur un bâtiment neuf permet de renforcer la structure pour accueillir un poids supplémentaire. Ici, les 840 m2 de surface plane accueillent non pas des bacs, mais une couche de 50 cm de terre arable. De quoi aménager un jardin d’un seul tenant », poursuit Lucas. L’espace est partagé entre une pelouse conviviale sur laquelle les enfants viennent jouer et des carrés de potager.

Chaque habitant dispose d’une petite parcelle qu’il utilise à sa guise. Seule contrainte, ne pas utiliser de pesticides. Ensuite, libre à chacun de faire pousser des fleurs, des aromatiques, des fruits ou des légumes. L’association fournit des graines et des outils grâce à une enveloppe de 5 000 € allouée par le promoteur. Ce montant finance également l’activité de conseil en amont de la construction et l’accompagnement des apprentis jardiniers en aval.


Territoire : Il faut porter la transition écologique

transition écologique

Démarche expérimentale de mutation écologique

Pour Murielle Douté-Bouton, aujourd’hui maire de Plélan-le-grand (35), l’aventure écolo commence en 2008, comme adjointe à l’urbanisme et au développement durable. Entamée de façon expérimentale, la mutation de la commune n’a cessé de gagner du terrain.

Quel a été le point de départ de votre engagement pour une politique locale plus durable ?

L’équipe municipale élue en 2008 a rapidement décidé de coupler la révision du PLU avec l’Agenda 21, de manière à pouvoir aborder des thématiques comme la santé et l’environnement.

En début de mandature, le restaurant scolaire était en travaux. Pour la rénovation, j’ai proposé que la laine minérale soit remplacée par de la ouate de cellulose. Nous sommes tombés d’accord. Au niveau des élus, l’enjeu de l’Agenda 21 a permis de se créer une culture commune et de mieux comprendre pourquoi on faisait des propositions sur les matériaux biosourcés. Ensuite, nous avons entrepris de convaincre les entreprises titulaires des lots.

Nous sommes allés très loin dans les discussions : énergies grises, réchauffement climatique… Il y avait de fortes réticences. J’ai fini par couper court. C’est nous qui décidons ! Je suis persuadée que la commande publique a un rôle très important à jouer pour faire bouger les entreprises et, par ricochets, les maîtres d’oeuvres… Nous aurions voulu faire beaucoup plus, mais à l’époque, nous y allions progressivement.

 

En passer par l’exemplarité

Par la suite, vous êtes allés bien plus loin…

Pour l’école maternelle, le défi était de mener une rénovation-extension exemplaire, sans passer par une démarche HQE, trop lourde pour une petite collectivité. La commande était simple : matériaux sains, énergies renouvelables, maîtrise de l’énergie, réduction de l’impact environnemental. L’ossature bois de l’existant a été réisolée par l’extérieur en fibre de bois, puis l’extension a été construite avec une isolation répartie en fibre de bois et de la ouate de cellulose dans les plafonds. Le sol a été couvert de caoutchouc naturel pour limiter les émissions de
COV, une ventilation double flux et des menuiseries bois-alu ont été posées. Une chaudière à bois déchiqueté a été installée en 2014. Elle est alimentée en bois de bocage, fourni par un collectif d’agriculteurs d’Ille-et-Vilaine et elle chauffe les deux écoles publiques.

La même année, la piscine municipale a été dotée d’une pompe à chaleur air/eau et des chaudières à granulés ont été installées dans les services techniques rénovés et au cinéma communautaire. Ces choix ont permis de décrocher des aides. Je pense que le fait d’avoir démontré que nous pouvions faire un bâtiment plus écolo sans casser la tirelire a été très apprécié.
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Territoire : Urbanisme rural

urbanisme rural

Urbanisme rural à Faux-la-Montagne.

En milieu rural, la question n’est pas d’accéder à un logement, mais d’accéder à un logement sain et économe en énergie », résume Stéphane Grasser, urbaniste et directeur de la SCIC L’Arban (société coopérative d’intérêt collectif). Nous sommes à Faux-la- Montagne, sur le plateau de Millevaches, dans la Creuse. Ce village offre deux immenses richesses. Tout d’abord, un beau paysage de moyenne montagne. Ensuite le dynamisme de sa vie associative, des services et des commerces.

« Pourtant, la commune compte 49 % de résidences secondaires et des maisons abandonnées », observe la mairesse Catherine Moulin. Les familles qui souhaitent s’installer ici délaissent les maisons de bourg en vieilles pierres, sombres, mal isolées, sans jardin et trop coûteuses à rénover

 


Label écoquartier, premières évaluations

Ecoquartier Hédé-Bazouges

Hubert et Françoise, autoconstructeurs de leur maison en bois et paille dans l’écolotissement Les Courtils de Hédé-Bazouges. Ils ont participé à l’évaluation du label écoquartier, tout comme 14 autres foyers volontaires.

Brève d’info parue dans La Maison écologique n°96

Né en 2012 de la volonté de l’État de mettre en avant « les opérations exemplaires permettant aux habitants de vivre dans des quartiers conçus sur les principes du développement durable », le label écoquartier est actuellement en phase d’évaluation.
Sur les 39 projets labellisés pour l’instant en France, on trouve l’écolotissement rural de Hédé-Bazouges (voisin de la rédaction de notre magazine !). Il est parmi les premiers à avoir participé à l’évaluation*. Nous consacrerons prochainement un article entier à ce sujet (LME n°98), mais sachez d’ores et déjà qu’aux Courtils de Hédé-Bazouges (35), les maisons consomment 60 % d’énergie en moins que la moyenne des constructions régionales de la même période, que les habitants produisent quasiment 5 fois moins de déchets que la moyenne locale et qu’ils soutirent du réseau 50 % d’eau en moins que les autres Brétiliens ! Le tout pour un coût d’achat des parcelles, vendues par la municipalité, moitié moins cher que le prix du marché de l’époque et un impact économique local et social très intéressant. à suivre dans un prochain numéro de LME…

*c’est l’association Bruded, accompagnée par divers services de l’état (Dreal, CSTB) qui a mené cette évaluation à Hédé-Bazouges. www.bruded.org


Billet d’humeur

urbanisme et ronds-points

Mais qu’est-il arrivé à notre urbanisme ?

La France rurale, nous en sommes très fiers, est le pays aux 365 fromages. Mais c’est aussi le pays des 30 000 ronds-points ! Des milliers de carrefours giratoires, dont la plupart font l’objet de tentatives artistiques nulles à en pleurer ou ridicules à mourir. La France en détiendrait le record du monde, six fois plus qu’en Allemagne !
La France urbaine, celle des villes et des villages, recèle un patrimoine d’une richesse architecturale exceptionnelle. Mais c’est aussi le pays aux entrées de ville d’une laideur à vomir, où la pub s’étale sans vergogne en 3 mètres par 4 entre une anarchique plantation de fastfood (vite avalé, vite oublié), de stations service abreuvant notre addiction pétrolière et d’affreuses boîtes en bardage métallique, summum de l’architecture anti-bioclimatique.